Soutenez

Inde: «Au milieu des chiens affamés»

Photo: The Associated Press

L’Inde n’est heureusement pas Dubaï, où une Norvégienne ayant porté plainte pour viol a été condamnée à 14 mois de prison pour «comportement indécent» avant d’être graciée le mois dernier. Mais le géant asiatique a un problème d’image : les viols collectifs.

Le plus récent remonte à jeudi. Cinq hommes ont agressé sexuellement une femme prenant des photos dans un quartier chic de Mumbai, la capitale cinématographique indienne. Heureusement elle n’est pas morte, contrairement à Jyoti Singh, décédée après avoir été violée en décembre dans un autobus de New Delhi. Ses six agresseurs l’avaient rouée de coups pendant que le véhicule continuait sa course.

En avril, toujours dans la capitale indienne, deux hommes ont violé une fillette de cinq ans. Elle a été retrouvée une quarantaine d’heures plus tard. Vivante.

Être femme en Inde, c’est vivre avec des crimes d’honneur, des mutilations génitales, des avortements sexo-sélectifs, des attaques à l’acide sulfurique… et des viols collectifs répétés. Ils écornent l’image de la «plus grande démocratie du monde». Chaque année, 25 000 viols sont recensés. Comme au Canada. Mais les chiffres sont trompeurs. Pourquoi porter plainte quand l’an dernier, sur les 635 viols signalés à New Delhi, un seul a été sanctionné pénalement?

Ces dernières années, une vingtaine de candidats poursuivis pour viol se sont présentés à des élections locales. Même si le pays se fait appeler «Mother India», même s’il a été gouverné par une femme pendant plus de 15 ans (Indira Gandhi a été assassinée en 1984), les Indiennes vivent encore dans un modèle patriarcal et misogyne. Tout ceci est loin d’être propre à l’Inde. Les viols collectifs sont une réalité quotidienne ailleurs dans le monde, surtout en temps de guerre. Ils sont même considérés comme des «armes de destruction massive». Pendant le conflit en Bosnie-Herzégovine (1992-1995), plus de 20 000 femmes ont été violées. Certaines ont été asservies sexuellement et fécondées de force dans des «camps de viol». En République démocratique du Congo (RDC), la flambée de violence sexuelle touche même les bébés. Les soldats porteurs du sida sont payés deux fois plus cher pour violer.

Pendant le «Printemps libyen», des femmes ont été violées devant leurs propres enfants. Au Caire, sur la mythique place Tahrir, une centaine d’Égyptiennes et d’étrangères ont été agressées sexuellement par des manifestants.

Lara Logan, journaliste à CBS, et Caroline Sinz, reporter à France 3, ont chacune raconté leur calvaire. Elles se souviennent des nombreuses mains se promenant sur leur corps, comme si elles étaient «un morceau de viande» «au milieu de chiens affamés».

En 2008, l’ONU a fait du viol un crime contre l’humanité, mais sur sa longue liste d’horreurs la justice internationale a souvent la mémoire courte.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.