L’extrême droite suédoise monte au front
Il n’y a pas si longtemps, les membres du parti d’extrême droite Sverigedemokraterna (SD, les Démocrates de Suède) auraient pu tenir leur assemblée générale dans une cabine téléphonique. Ils sont aujourd’hui au Parlement.
Depuis sa création en 1988, l’ancienne formation néonazie a balayé de ses rangs les éléments les moins recommandables et au fil des ans, le parti s’est fait du capital politique en exploitant tous les maux sociaux du royaume scandinave de 9,5 millions d’habitants dirigé depuis 2006 par le premier ministre conservateur Fredrik Reinfeldt.
Xénophobe, pour ne pas dire raciste, populiste et eurosceptique (la Suède fait partie de l’Union européenne depuis 1995, mais pas de la zone euro), le SD compte depuis deux ans 20 députés (5,7 % des voix) sur 349 au Parlement.
Il semble avoir un bel avenir devant lui. Aux prochaines législatives en septembre il réalisera un score à deux chiffres avec au moins 12 % des suffrages, selon tous les sondages. Les émeutes de mai dernier dans les banlieues immigrantes de Stockholm ont apporté de l’eau au moulin à son discours contre les étrangers et les musulmans qui forment une bonne partie des 15 % de Suédois qui ne sont pas de «souche».
Après la France, la Suède est le pays le plus islamisé de l’UE. Toutes les semaines, plus de mille réfugiés venus essentiellement d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie débarquent dans le plus grand et plus riche État scandinave.
Le SD a vite compris que la légendaire tolérance suédoise avait ses limites. Après s’en être longtemps pris aux juifs, la formation politique dirigée par Jimmie Aakesson, 35 ans, parle désormais de «menace islamique», la «pire pour notre pays aujourd’hui». Un refrain scandé un peu partout en Europe, continent où le repli identitaire est fort. Un refrain nourri en grande partie par la crise économique qui frappe toujours de plein fouet le Vieux Continent.
Certes, le taux de pauvreté en Suède n’est que de 1,2 % (8,8 % pour l’UE), mais les écarts de revenus augmentent davantage que dans l’ensemble européen. Il y a déjà une vingtaine d’années que la Suède n’est plus l’exemple parfait de l’État providence, même si les universités et les soins médicaux restent gratuits.
S’il y a un «malaise» suédois, il ne peut s’expliquer que par la piste ethnique, insiste le SD.
Avec des mots comme «bevara Sverige svenskt» (gardons la Suède suédoise), la troisième formation politique du pays fait son lit. Elle séduit un nombre croissant d’électeurs sensibles aux thèses populistes. Au début de l’année encore, un des membres influents du SD a soulevé un tollé médiatique avec ces mots : «Le viol est profondément ancré dans la culture islamique.»
Décidément, le SD porte mal son nom.