Courrier des lecteurs

Courrier des lecteurs du 4 août

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Photo by: AFP

La pharmacie postale: une fausse bonne idée

Ces dernières semaines, plusieurs quotidiens ont fait l’apologie de la pharmacie postale, la couvrant d’éloges et la qualifiant même d’innovation. Bien implantée aux États-Unis et dans le reste du Canada, la pharmacie postale est une pharmacie qui a pignon sur rue et qui pourrait envoyer par la poste des médicaments aux quatre coins du Québec. Ce concept privilégie systématiquement l’envoi de la médication pendant trois mois en échange d’un rabais pour le volume plus grand de médicaments achetés. Or, ce rabais profite principalement à l’assureur privé et en moindre partie à l’assuré.

Vous comprendrez que des propriétaires de ces pharmacies dans l’univers hors Québec soient justement ces mêmes assureurs privés.

Contrairement au Québec, là-bas, la réglementation leur permet de posséder des pharmacies et de diriger les assurés contre leur gré vers ce type d’établissement postal, notamment en menaçant les assurés de réduire leur protection d’assurance s’ils fréquentent la pharmacie du coin. C’est une manière pour eux de maximiser leurs profits sur le dos de leurs assurés. Heureusement, au Québec, ce type d’intervention est interdit par la loi afin que le patient puisse choisir lui-même son pharmacien selon sa compétence et son professionnalisme plutôt qu’effectuer ce choix selon un principe financier dicté par une compagnie d’assurances.

Pour M. et Mme Tout-le-monde, il n’y a pas seulement le prix final qui compte : les services pharmaceutiques et humains obtenus priment. Je doute que ces mêmes pharmacies postales offrent des services performants de consultation pour les médicaments en vente libre, notamment ceux pour la diarrhée du voyageur, les infections urinaires, l’arrêt tabagique, les poux, la contraception d’urgence et j’en passe. Je doute qu’elles puissent faire un suivi efficace de la pression artérielle, des glycémies, des hormones thyroïdiennes, de la coagulation sanguine, etc., et faire les ajustements nécessaires. Je doute qu’elles offrent des services additionnels comme ceux d’une infirmière ou d’une nutritionniste. Je doute qu’elles puissent administrer rapidement un antibiotique ainsi que tous les traitements urgents.

Donc, les traitements chroniques seront-ils les seuls qu’on administrera à la pharmacie postale? Résultat : les dossiers pharmaceutiques seront morcelés dans plusieurs pharmacies, ce qui rendra la tâche plus ardue pour tous les professionnels de la santé tout en augmentant le risque d’erreurs lors d’une hospitalisation subséquente.

À vrai dire, il ne faut pas oublier que derrière chaque prescription servie à la pharmacie, il y a un prescripteur. Actuellement, au Québec, la surprescription est un fléau qui devrait être dénoncé et pris au sérieux puisqu’il occasionne des coûts inutiles pour les assurés et les assureurs (gouvernement compris). Imaginez : si nous réduisions le nombre de prescriptions superflues directement auprès du prescripteur, nous économiserions collectivement 100 % du prix du médicament à chaque prescription évitée!

Comme rabais, c’est pas mal, non? D’ailleurs, au lieu de confiner le pharmacien à un rôle de distributeur de médicaments avec ces pharmacies postales, pourquoi ne pas le charger de combattre la surprescription? Ce serait un moyen efficace pour réduire la facture globale en médicaments.

Finalement, je crois que vous serez d’avis que la surprescription de médicaments encourage une certaine surconsommation. Ainsi, pensez-vous que le service de la médication pour trois mois chez la pharmacie postale aidera à freiner la surconsommation de médicaments? Je crois que de poser la question, c’est y répondre!

Il faut croire qu’encourager la surconsommation de médicaments avec l’«Amazon pharmaceutique» qu’est la pharmacie postale est l’idée du siècle. Une innovation, dis-je! La pharmacie de demain, quoi!

Dominic St-Pierre, pharmacien,
Deux-Montagnes

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