Inspecteur viral

Non, les pommes d’aujourd’hui ne sont pas 100 fois moins nutritives qu’autrefois

Non, les pommes d’aujourd’hui ne sont pas 100 fois moins nutritives qu’autrefois
Photo: capture d'écran

Ah! Le bon vieux temps! Dans les années 1950, tout était mieux, n’est-ce pas? Les travailleurs avaient des bons salaires, la classe moyenne était aisée, le rêve américain s’étalait partout dans le monde occidental, les hommes étaient des hommes et les femmes étaient des femmes; bref, c’était le paradis (à condition d’être un homme blanc hétérosexuel en Amérique du Nord, bien sûr… pour les autres, disons que c’était moins évident)!

Voilà qu’on nous apprend que même les pommes étaient meilleures dans le temps. Cent fois meilleures, pour être précis!

Dans l’article en question, partagé au-delà de 18 000 fois sur Facebook, on nous apprend que plusieurs études menées sur les aliments démontrent que les aliments d’aujourd’hui sont beaucoup plus pauvres en vitamines et minéraux que les aliments des années 1950. On maintient entre autres que les pommes de cette période contenaient 100 fois plus de vitamine C que celles d’aujourd’hui.

C’est à se demander comment nous pouvons toujours être en vie, puisque, en plus, certains de nos aliments auraient des «calories négatives» (démenti par l’inspecteur viral ici)…

Pour faire le point sur ce mythe, l’inspecteur a fait appel à Bernard Lavallée, alias le Nutritionniste urbain, nutritionniste chez Extenso, le Centre de référence sur la nutrition de l’Université de Montréal (nous lui faisons confiance). Il a justement démenti assez solidement l’affaire sur son blogue.

M. Lavallée est allé consulter les fameuses études citées dans l’article qui prouvent, nous dit-on, que les aliments d’aujourd’hui sont moins nutritifs. «Lorsqu’on va voir les études en tant que tel, ce n’est pas nécessairement la conclusion qu’ils vont avoir», nous dit-il.

Le problème, selon M. Lavallée, est que les scientifiques ne disposent plus d’aliments des années 1950 (du moins, à part dans le fond du frigo de notre oncle bizarre). Ils doivent donc se baser sur des études qui datent de cette époque, qui ne respectaient pas toujours les mêmes normes qu’aujourd’hui. «Des fois, ils ont pris deux ou trois pommes pour représenter l’ensemble des pommes du monde, l’ensemble de toutes les variétés. Ça ne représente pas aussi fidèlement la réalité qu’on pourrait croire», explique-t-il.

De plus, l’article en question n’a misé que sur les nutriments qui ont diminué, alors que certains sont demeurés inchangé ou ont augmenté. «De pointer deux ou trois nutriments [qui ont diminué] et dire ‘oh mon Dieu, ça équivaut à 100 pommes’, c’est complètement faux. Des aliments, ça contient des centaines de nutriments», conclut-il.

Et vlan.

L’inspecteur ferait aussi remarquer un élément fallacieux de l’article d’origine. On nous dit qu’une pomme de la variété « transparente de Croncel » de 1950 contenait 100 fois plus de vitamine C qu’une « Golden delicious » d’aujourd’hui. C’est bien beau, mais les apports nutritifs varient grandement entre les variétés de pommes.

Par exemple, une pomme de variété « Ontario » d’aujourd’hui contient 20mg de vitamine C par 100g, alors qu’une pomme « Granny Smith » d’aujourd’hui n’en contient que de 2 à 6mg (données ici).

Il est donc assez trompeur de comparer différentes variétés de pommes pour essayer d’en tirer une conclusion sur l’évolution de la qualité des aliments.

Il faut, après tout, comparer des pommes avec des pommes! (Enfin, vous comprenez l’essentiel)