Inspecteur viral

Non, ceci n’est pas un poisson radioactif de Fukushima

Non, ceci n’est pas un poisson radioactif de Fukushima

La radiation, ça fait peur.

C’est sûrement pour cela que des rumeurs sensationnalistes se propagent souvent à propos du désastre nucléaire de la centrale Fukushima daiichi, qui a eu lieu à la suite du tsunami de 2011. Il y a eu ces marguerites «mutantes» (qui en fait n’avaient rien à voir avec la radiation). Et maintenant, il y a un poisson «mutant».

Plusieurs billets ont été écrits à propos de ce poisson géant qui ARK! NON!

NONONONONONONONONONO REJETEZ ÇA À LA MER SUR-LE-CHAMP!

*Ahem* D’accord, l’inspecteur viral se ressaisit.

Que disait-il?

Ah oui.

Plusieurs billets ont été écrits à propos de ce poisson géant qui a été pêché au large du Japon jeudi dernier. On assume bien sûr que son aspect monstrueux et son énorme taille sont dus à la radiation qui est émise par la centrale nucléaire de Fukushima.

Parce que la vraie vie, ça marche exactement comme dans Godzilla.

«La taille du poisson de Hiroshi est-elle due à sa proximité avec la funeste centrale nucléaire?», demandent nos collègues chez TVA. «Depuis l’accident nucléaire de 2011, des poissons ont été capturés avec plus de 2500 fois la limite sécuritaire de radioactivtié (sic).»

Les faits

Le poisson a été pêché par le journaliste japonais Hiroshi Hirasaka. Ce dernier détient des diplômes universitaires en biologie marine et en sciences écologiques. M. Hirasaka traque et capture des animaux étranges. C’est son travail.

En entrevue avec Vice, M. Hirasaka a affirmé avoir pêché le poisson au large de Hokkaido, au Japon. C’est où Hokkaido, par rapport à la centrale de Fukushima? Voici:

Capture d’écran 2015-09-20 à 10.58.07

On voit qu’à peu près 900 km de route séparent la centrale de Hokkaido. Bon, d’accord, Hokkaido, c’est l’île du haut de l’image au complet, mais aucune portion de l’île n’est à moins de 500 km de la centrale.

Donc, dire qu’on a pêché ce poisson tout près de Fukushima, c’est comme dire d’un poisson qu’on a pêché à Rivière-du-Loup, «ce poisson a été pêché tout près de Montréal».

Ok, mais ce poisson est clairement un mutant, non?

Non, c’est un Poisson-loup de Béring (traduction libre, l’inspecteur n’a pas pu trouver une description en français de cette espèce). Comme vous pouvez voir, le spécimen pêché par M. Hirasaka n’a rien d’inhabituel, tant par sa taille (110cm) que par son aspect.

Vous pouvez d’ailleurs lire dans le tweet de M. Hirasaka plus haut que «Même si ce poisson-loup que nous avons pêché a l’air gigantesque, il est de taille normale pour un spécimen de cette zone.»

Notre pêcheur – qui, rappelez-vous, est biologiste – n’est d’ailleurs pas très content que des gens accusent sa prise d’être radioactive.

«Ce poisson vit à Hokkaido depuis longtemps, alors ce n’est pas possible qu’il ait été affecté par la radiation. C’est méchant de dire ça de ce poisson, et ce n’est pas cool de toujours tout blâmer sur la radiation, a-t-il dit à Vice. Il y a juste dans le monde de la science-fiction que les créatures deviennent géantes.»

Est-ce que l’inspecteur a mentionné que M. Hirasaka a mangé ledit poisson? Parce qu’il l’a mangé:

blinkydead«La tête du [poisson-]loup est délicieuse. Ce n’est pas Godzilla», a-t-il écrit. Il promet d’ailleurs de publier le mois prochain un livre de recettes pour apprêter tous genres de poissons bizarres (non merci).

La panique qui entoure les poissons radioactifs de Fukushima est, comme ce poisson, démesurée. Notre ami le Nutritionniste urbain a d’ailleurs écrit un billet à cet effet, où il explique pourquoi les niveaux élevés de radiation dans des poissons japonais n’ont rien de très inquiétant pour la santé humaine.

«Même si les thons ayant nagé près de Fukushima contiennent plus de certains isotopes radioactifs à la suite de la catastrophe, les isotopes qui sont habituellement présents dans l’environnement fournissent déjà beaucoup plus de radioactivité sans que cela pose de danger à la santé humaine. On peut donc continuer à manger des poissons pêchés dans l’océan Pacifique sans crainte pour la radioactivité!», écrit-il, en mentionnant que le taux de radiation détecté chez ces poissons sont 20 fois moins élevés que ceux qui se retrouvent naturellement dans… une banane.

Là, mes petits coquins, n’allez pas écrire un billet intitulé «LES BANANES SONT 20 FOIS PLUS RADIOACTIVES QUE LA CENTRALE DE FUKUSHIMA», de grâce.