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Qui s’offusque vraiment du clip de Xavier Dolan?

La lettre ouverte que Xavier Dolan a adressée à Françoise Laborde hier était aussi bien écrite qu’inutile, à en juger par la réception généralement positive du vidéoclip. À part la principale intéressée, qui est présidente du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’équivalent français du CRTC, franchement, qui est véritablement choqué par le vidéoclip College Boy d’Indochine? Loin de la controverse à laquelle on semble vouloir l’associer, un consensus semble plutôt se confirmer autour de l’œuvre de Xavier Dolan.

Et pour cause. Ce vidéoclip possède plusieurs qualités, mais la subtilité n’en fait pas partie. Pour une vidéo s’adressant à des adolescents pas si impressionnables que ça, ce n’est peut-être pas un défaut. Le message est clair: tout le monde comprend qu’il s’agit là d’une œuvre dénonçant la violence et l’intimidation, et non l’inverse. La plupart des gens saisissent la métaphore: on n’a PAS véritablement cloué Antoine Pilon sur une croix devant des jeunes le photographiant avec leur téléphone intelligent les yeux bandés. Je comprends très bien l’exaspération que peut ressentir Xavier Dolan, mais il ne faudrait pas s’entortiller dedans non plus.

J’ai scruté les réseaux sociaux en quête de signes de désapprobation de l’œuvre, cherchant quelqu’un d’autre que madame CSA pour en faire le procès. Oh, il y a bien quelques commentaires désobligeants et bourrés d’accords grammaticaux incorrects qui sont apparus sur la Toile. Le chroniqueur Christian Dufour, avec un vieux réflexe de ne pas vouloir trop déranger, a dit craindre que ce genre de message en vienne à irriter ceux qui, sans être homophobes, sont indifférents aux homosexuels. D’autres se sont contentés de juger l’œuvre selon des critères artistiques.

Fallait-il s’attendre à  ce que College Boy fasse l’unanimité? Non. Mais à 820 pouces en l’air contre 38 pouces en bas sur YouTube, on ne peut pas encore parler de videoclip bashing.

Sans être vraiment utile, donc, la lettre de Xavier Dolan n’en est pas moins intéressante. Elle regorge de comparaisons judicieuses et remet solidement en perspective l’importance de Baby One More Time dans la culture de masse. Mais le plus savoureux, c’est la façon dont le réalisateur commence sa lettre en nous prévenant d’emblée de sa caducité: «En 1990, je vous aurais écrit afin de me battre pour que vive le vidéoclip College Boy d’Indochine. En 1990, votre décision et celle de vos pairs aurait fait en sorte qu’il soit vu par des milliers de gens, ou qu’il sombre dans l’oubli, mort-né. Vingt-trois ans plus tard, les plateformes de diffusion en ligne ont pu nous assurer, depuis jeudi dernier, un nombre de visionnages approchant le million. En effet, l’internet veillera à la survie de ce document.»

Au final, une madame a été choquée par le clip de Xavier Dolan, et cette femme n’a aucunement les moyens d’en empêcher la diffusion.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.