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09:21 11 juin 2020 | mise à jour le: 11 juin 2020 à 09:21 temps de lecture: 5 minutes

Lettre au ministre des services aux autochtones

Lettre au ministre des services aux autochtones

Vous avez exprimé votre indignation concernant le récent «contrôle de bien être» de la police d’Edmundston sur Chantel Moore, qui a conduit la police à tirer sur Chantel. Nous Native Women’s Shelter of Montreal, Résilience Montréal, Femmes Autochtones du Québec et l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador sommes également indignées. Pourtant, une partie de notre indignation vient de notre conscience de la fréquence avec laquelle la police utilise une violence extraordinaire pour intervenir dans des situations impliquant des Autochtones.

Un incident profondément troublant s’est récemment produit dans votre propre quartier, à moins de 800 mètres de votre bureau de circonscription. Le 3 mai dernier, au Square Cabot, à Montréal, alors qu’une femme issue d’une Première Nation, visiblement en détresse psychologique, nécessitait un transport en ambulance afin de recevoir des soins hospitaliers d’urgence. Ce sont plutôt plusieurs véhicules et 17 policiers du SPVM qui ont été les premiers répondants, appuyés par l’escouade canine, dans l’attente d’une ambulance. S’agit il également d’un contrôle de bien-être? Est-ce le genre de «bien être» que les peuples autochtones du Canada devraient s’attendre de la police en temps de crise?

Nous posons cette question, mais nous connaissons la réponse partout au Canada, les Autochtones sont terrifiés par la police, car lorsque nous appelons à l’aide, ils nous viennent rarement en aide ou lorsqu’ils viennent, ils appliquent une force excessive, y compris, bien trop souvent, une force mortelle au lieu de la communication, de la désescalade et d’une résolution non violente.

Il n’y a aucune hyperbole dans cette déclaration c’est une évaluation aussi juste et précise que l’on peut faire en tant qu’Autochtones qui ont vu ces événements se dérouler avec une constance implacable et démoralisante pendant des décennies.

Nous sommes outrées par cette intervention! Comment pouvons nous protéger les femmes autochtones de la police chargée de les «servir» et de les «protéger»? Chaque femme autochtone en crise ou ayant besoin d’une aide médicale a-t-elle besoin d’un intervenant pour assurer sa sécurité face à la police?

L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Femmes Autochtones du Québec (FAQ), Native Women’s Shelter of Montreal et Résilience Montréal se sont unis pour défendre la cause de cette femme crie. […]

Monsieur le ministre Miller, pour répondre à leur silence et à la déclaration déconcertante de M. [François] Legault, permettez nous de vous poser une question non rhétorique: combien de personnes autochtones doivent être harcelées, agressées
ou tuées avant que la police et les gouvernements aux niveaux municipal, provincial et fédéral ne s’engage
nt à rendre des comptes?

Nous comprenons votre indignation à la nouvelle de la mort de Chantel Moore, mais nous voulons plus que de l’indignation ; nous avons besoin d’action. Nous pensons que dans votre situation privilégiée, vous pourrez inviter des gouvernements de juridictions différentes à une discussion nationale sur la responsabilité des forces de police envers les peuples autochtones. Le gouvernement du Canada et ses provinces ont des obligations internationales envers la sécurité des peuples autochtones, et plus particulièrement envers les femmes et les enfants.

Cette situation récente s’inscrit dans un continuum historique de violence policière envers les femmes autochtones du Québec. Récemment, des femmes autochtones de Val-d’Or ont dénoncé de nombreux abus commis par des policiers; des abus sexuels, de l’intimidation, de la force excessive et des «cures géographiques». Le gouvernement du Québec a lancé une enquête provinciale nommée la «Commission Viens» ou la CERP. L’enquête a également entendu des témoignages d’interventions inappropriées et excessives des forces de police envers les peuples autochtones dans différentes villes du Québec, dont le SPVM de Montréal. Cependant, le rapport de l’enquête CERP a été reçu avec beaucoup de déception et de colère, car aucune recommandation de redressement n’a été adressée aux forces de police provinciale du Québec. Encore un silence! Il semble que les violences policières envers les femmes autochtones au Québec ne suscitent pas beaucoup d’indignation envers nos autorités.

Alors que nous appelons à l’action, nous vous invitons à consulter le mémoire des femmes autochtones du Québec déposé devant l’ENFFADA qui portait spécifiquement sur les abus des forces de police du Québec et les actions qui sont nécessaires pour réparer la relation brisée entre les forces policières et les femmes autochtones et pour adresser les abus de la police envers nos femmes. Si votre expression d’indignation était profonde et honnête, nous espérons qu’elle alimentera de sérieux changements dans la relation entre la police et les Autochtones, contrairement à ce que nous avons vu jusqu’à présent. Nous serions très heureuses de vous soutenir dans cette initiative. L’heure du changement a sonné!

Cheffe Adrienne Jérôme, co-porte-parole Femmes élues de l’APNQL, et trois autres élues

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