Santé
05:00 28 mars 2021 | mise à jour le: 26 mars 2021 à 16:13 temps de lecture: 6 minutes

Coronavirus: que faire des craintes entourant le vaccin d’AstraZeneca?

Coronavirus: que faire des craintes entourant le vaccin d’AstraZeneca?
Photo: Dan Kitwood/Getty ImagesDes fioles de vaccins AstraZeneca.

La publication récente de nouveaux avertissements de Santé Canada relance le débat et les craintes sur la sécurité du vaccin d’AstraZeneca. Métro fait le tour de la question pour mieux comprendre les inquiétudes et les assurances au sujet de ce vaccin controversé.

L’approbation et la distribution du vaccin d’AstraZeneca demeurent valides au Québec et au Canada. Jeudi, l’autorité fédérale de santé publique a toutefois demandé aux personnes vaccinées d’être vigilantes à l’égard des symptômes post-vaccination, alors que des cas rares de thrombose ont pu être observés en Europe ces dernières semaines.

Ces symptômes possibles à surveiller peuvent être: «essoufflement, douleur à la poitrine, enflure des jambes et douleur abdominale persistante à la suite de la vaccination», explique Santé Canada dans un communiqué.

«De plus, toute personne ayant des symptômes neurologiques, notamment l’apparition soudaine de maux de tête graves ou persistants qui s’aggravent ou une vision trouble survenant plusieurs jours après la vaccination, ou qui présente des contusions (à un endroit autre que celui du point d’injection) ou des pétéchies apparaissant quelques jours ou plus après la vaccination, doit obtenir des soins médicaux sans tarder», précise le communiqué.

Néanmoins, Santé Canada affirme toujours que le vaccin d’AstraZeneca «continue d’être sûr et efficace pour les protéger contre la COVID‑19».

Ces cas très rares «de caillots sanguins associés à un faible taux de plaquettes sanguines (thrombocytopénie)» ont été repérés notamment en Europe à la suite de l’administration d’une dose du vaccin d’AstraZeneca et COVISHIELD, causant certaines craintes dans plusieurs pays européens qui ont alors suspendu l’administration de ce vaccin.

Confiance répétée sous le spectre des variants

Au cours des derniers jours, l’augmentation des variants de la COVID-19 a aussi poussé l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) à maintenir sa position et à encourager l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca.

Même son de cloche du côté de la directrice régionale de la santé publique de Montréal, la Dre Mylène Drouin

«Avec le variant qui arrive, clairement mon message à la population c’est « prenez le vaccin qui vous est offert lorsque c’est à votre tour de vous présenter pour la vaccination »», a-t-elle déclaré mardi sur les ondes du 98,5 FM, avant la mise à jour de Santé Canada.

«En ce moment, je crois que c’est la bonne décision», a indiqué à L’Atelier l’expert en virologie et professeur en sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal, Benoit Barbeau, en rappelant qu’on est dans une course entre les vaccins et les variants. «On ne peut pas décider d’arrêter [le vaccin] sans savoir vraiment ce qui se passe entre les Américains et AstraZeneca. […] Il faut s’appuyer sur les données qui sont fermes.»

«On est dans une course entre les vaccins et les variants» – Benoit Barbeau, professeur en sciences biologiques de l’UQAM

En plus des autorités fédérales et provinciales, le vaccin a reçu l’appui de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et de L’Agence européenne des médicaments (EMA).

Confiance ébranlée

Une partie du problème vient du manque de confiance à l’égard de l’entreprise elle-même. Après des déboires – considérés comme normaux dans la communauté scientifique mais largement médiatisés – pendant les essais cliniques, certaines des décisions de l’entreprise ont par la suite fait sourcillé.

Face aux critiques d’une agence américaine indépendante, AstraZeneca a précisé mardi avoir utilisé des données datant d’avant le 17 février pour livrer ses derniers résultats. Selon l’Institut national des maladies infectieuses et des allergies (NIAID), qui supervise des essais cliniques de vaccins aux États-Unis, cela peut «avoir abouti à une estimation incomplète de l’efficacité du vaccin».

Le professeur Benoit Barbeau confirme qu’une utilisation incomplète des données d’AstraZeneca pourrait avoir biaisé les résultats de son étude clinique, notamment à cause de la présence de plus en plus importante de variants. Le professeur rappelle que la compagnie pharmaceutique avait d’ailleurs été critiquée pour une confusion entre différentes doses lors de sa première série d’études cliniques.

Jeudi, l’entreprise a divulgué de nouvelles données sur l’efficacité de son vaccin. Fort d’un nouvel essai clinique effectué aux États-Unis, au Chili et au Pérou, son vaccin affiche désormais un taux d’efficacité de 76% contre les cas symptomatiques de la COVID-19. Ce taux monte à 85% pour des cas symptomatiques de personnes de 65 ans et plus.

Le laboratoire revendique aussi une efficacité de 100% pour la prévention de cas graves de la COVID-19.

Un vaccin boudé par plusieurs pays

Dans le dernier mois, plusieurs pays européens, dont le Danemark et la France, ont suspendu l’utilisation du vaccin suédo-britannique par crainte de la formation de caillots sanguins. Jeudi, l’Agence européenne des médicaments a pourtant jugé le vaccin «sûr et efficace».

Alors que la troisième vague frappe de plein fouet plusieurs pays d’Europe, l’utilisation d’AstraZeneca, qui est abordable et facile d’entreposage, est considérée comme cruciale pour lutter contre la pandémie. Mercredi, l’OMS a déclaré que les avantages du vaccin AstraZeneca l’emportaient sur les craintes et a recommandé de poursuivre la vaccination.

«Ce qui joue en notre faveur en ce moment, c’est que si vraiment on arrivait à une situation où les données sont moins probantes pour AstraZeneca, on a quand même Johnson & Johnson qui pourrait être notre vaccin de choix comme troisième option, et on pourrait laisser de côté AstraZeneca», a expliqué M. Barbeau.

L’expert en virologie considère que la balle est maintenant dans le camp de la l’entreprise pharmaceutique: «C’est à eux de faire la démonstration qu’il n’y a pas eu de mauvaise foi de leur part et que leurs données de cette cohorte sont aussi probantes que celles des études cliniques précédentes».

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