Société
10:38 11 juin 2021 | mise à jour le: 11 juin 2021 à 16:30 temps de lecture: 5 minutes

Pas aussi nocifs qu’on le croyait, les médias sociaux

Pas aussi nocifs qu’on le croyait, les médias sociaux
Photo: iStockLes scientifiques ont examiné les associations entre l’utilisation des médias sociaux, la télévision ou les appareils numériques et l’occurrence de divers problèmes de santé mentale. Ils ont étudié de quelle manière ces associations avaient changé au fil du temps.

Les médias sociaux occupent une partie très importante de nos vies, soulevant par le fait même des inquiétudes quant à leur impact sur la santé mentale ches les jeunes. Une étude récente fournit toutefois un certain réconfort à cet égard. Métro s’est intéressé à cette question.

Pendant la pandémie, les médias sociaux ont connu une croissance importante de leur nombre d’utilisateurs et du temps qu’ils passent sur ces plateformes.

Selon le rapport d’aperçu global de Datareportal, le nombre de gens qui ont accédé aux médias sociaux a augmenté de plus de 13% durant la dernière année, portant le nombre total d’utilisateurs dans le monde à près de 4,2 G au début de 2021.

Une autre statistique, révélée par le Pew Research Center, démontre que 90% des adolescents américains âgés de 13 à 17 ans déclarent avoir accès à un téléphone intelligent ou utiliser les réseaux sociaux. Et 45% d’entre eux disent utiliser l’Internet «presque constamment». Cette situation fait en sorte que 65% des parents américains craignent que leurs adolescents passent trop de temps devant les écrans.

En parallèle de ces chiffres, certaines études et reportages ont indiqué que les médias sociaux pourraient nuire à la santé mentale des adolescents. Par exemple, une étude réalisée par l’Education Policy Institute et The Prince’s Trust, publiée en janvier de cette année, affirme que l’utilisation intensive des médias sociaux est associée à un bien-être et une estime de soi négatifs.

«Nous avons besoin de collaborations plus transparentes et crédibles entre les scientifiques et les entreprises technologiques pour trouver les réponses. Les données existent dans l’industrie de la technologie, les scientifiques ont juste besoin de pouvoir y accéder pour une enquête neutre et indépendante.» -Andy Przybylski, directeur de recherche à l’Institut d’Internet d’Oxford

Pas de lien

Cependant, une nouvelle enquête de l’Université Oxford a trouvé peu de preuves d’associations accrues entre l’utilisation des technologies par les adolescents et les troubles de santé mentale.

Les scientifiques ont examiné les données relatives à plus de 430 000 adolescents du Royaume-Uni et des États-Unis afin de découvrir comment les associations entre l’utilisation de la technologie et la santé mentale ont changé ces 30 dernières années.

Ils ont étudié les liens entre l’utilisation des réseaux sociaux et la dépression, les problèmes émotionnels ainsi que les problèmes de comportement, sans oublier les associations entre le fait de regarder la télévision et le suicide, la dépression, les problèmes émotionnels et comportementaux.

«Si nous voulons comprendre la relation entre la technologie et le bien-être aujourd’hui, nous devons premièrement retourner en arrière et examiner les données historiques –  aussi loin qu’à l’époque où les parents étaient inquiets que de regarder trop de télévision donnerait à leurs enfants des yeux carrés – afin de mettre en lumière les préoccupations contemporaines concernant les nouvelles technologies», a expliqué Dr Matti Vuorre, chercheur postdoctoral à l’Institut d’Internet d’Oxford et auteur principal de la recherche en entrevue.

Des huit associations qui ont été étudiées, seulement trois indiquent un quelconque changement au fil du temps. L’usage des médias sociaux et le fait de regarder la télévision sont devenus moins fortement associés à la dépression, mais d’un autre côté, la corrélation entre les médias sociaux et les problèmes émotionnels a augmenté. Les changements observés au fil du temps étaient toutefois minimes.

À la lumière de ces résultats, les experts suggèrent d’accumuler plus de données pour acquérir des connaissances précises quant aux effets des médias sociaux sur la santé mentale des adolescents.

430 000 – Nombre d’adolescents du Royaume-Uni et des États-Unis ont été étudié dans le cadre de cette nouvelle recherche. 


Deux questions à…

Dr Matti Vuorre, chercheur postdoctoral à l’Institut d’Internet d’Oxford

Pourquoi pense-t-on que les médias sociaux nuisent à la santé mentale des adolescents?

Il y a généralement quelque chose de très accrocheur dans l’idée que quelque chose qui est encore si nouveau, mais en même temps extrêmement répandu dans nos vies, pourrait causer un préjudice généralisé. Cette inquiétude est ensuite aggravée par certains rapports initiaux selon lesquels un lien aurait été trouvé entre, par exemple, entre l’utilisation des médias sociaux et la dépression, qui ont été amplifiés par les médias traditionnels. Probablement aussi que les déclarations de personnalités dans le domaine de la technologie, qui ne laissent pas leurs enfants utiliser les téléphones intelligents, ont une certaine autorité. Il y a peu de nouveautés par rapport à nos inquiétudes concernant les téléphones. Nous avons vu des modèles similaires par le passé avec la télévision, les jeux vidéo ou les dramatiques radiophoniques.

Quelles seraient vos recommandations aux adolescents concernant l’utilisation de la technologie ?

C’est toujours une bonne idée de réfléchir aux raisons pour lesquelles nous faisons ce que nous faisons. Alors, si la technologie vous aide à trouver une connexion avec les autres et à vous sentir bien par rapport à vous-même, c’est bien. Si vous trouvez plutôt que cela sert un but moins positif dans votre vie, comme d’interagir avec les médias en raison de la pression des pairs ou d’autres raisons externes, il est bon de faire une pause et de réfléchir à la meilleure utilisation de votre temps. À part cela, en tant que scientifiques, nous ne disposons actuellement pas de données suffisamment détaillées pour faire des recommandations directes aux personnes ni aux décideurs politiques d’ailleurs.

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