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La part belle de Jean-François Lisée

La chronique de Frédéric Bérard
Photo: Métro

Cher Jean-François, 
 
J’ai lu – t’en doutes point – ta réplique avec un intérêt et un plaisir pratiquement coupables. «Le jeu des erreurs de Bérard», l’intitules-tu. Tu iras même jusqu’à accompagner, non sans condescendance, sa présentation sur les médias sociaux de la façon suivante: «Frédéric Bérard a regroupé dans un texte la plupart des faussetés qui circulent sur mon compte. Je corrige sa copie.»

Candidement, je t’admettrai d’emblée que celle-ci ne figurait point au registre des répliques anticipées. Truffé d’erreurs, mon texte, vraiment? Alors pourquoi avoir attendu, quelque 6-8 ans, afin de corriger les médisances et calomnies circulant publiquement sur ton compte? Quoi qu’il en soit, ma réaction première fut: «Diantre! J’ai diffamé JF! Honte à moi». Mais avant de me badigeonner du fouet de l’auto-flagellation, l’irrépressible envie de contre-vérifier mes sources s’est mise à me picoter. 

En voici le résultat: 

Oui, tu as fallacieusement associé Charkaoui à Alexandre Cloutier

La Presse du 16 septembre 2016 titre: «Course à la direction du PQ: Adil Charkaoui “appuie” Cloutier, affirme Lisée». Tes propos exacts publiés sur Facebook confirment, indubitablement, la justesse du titrage: «Mais cette orchestration prévoyait-elle l’appui public de l’Imam Adil Charkaoui à la candidature de mon collègue Alexandre?»

L’un des deux principaux intéressés, Charkaoui, devait pourtant démentir ipso facto ton amalgame. «Non! Je ne suis aucunement lié à Alexandre Cloutier, je peux vous l’assurer. Il s’agit d’une fausseté! Les écrits de Jean-François Lisée sont “très mesquins” et visent à “instrumentaliser” nos propos à des fins qui n’ont rien d’honorable.»

La réaction de Cloutier, évidemment outré, était curieusement la même que d’autres ténors péquistes: «Assez de déformer la réalité Jean-François. Procédé nauséabond!», disait Louise Harel dans un tweet aujourd’hui supprimé.

Loin de reculer après-coup, tu en rajoutes plutôt une sacrée couche: «Il dit du bien [de M. Cloutier], donc il appuie l’approche de M. Cloutier et il désapprouve la mienne. Ça, ce n’est pas un débat.» Quant à la demande formelle et légitime d’excuse de la part de Cloutier, tu réponds, laconique et péremptoire: «Personne n’a à s’excuser. On a fait campagne aujourd’hui, à un niveau de décibels un petit peu trop élevé à mon goût.»

Voilà, tout est là, JF. Tu faisais campagne. Dans le sens de «tous les coups sont permis». Du moins pour toi. Comme celui d’associer formellement ton principal rival à une crapule persona non grata, sachant trop bien les impacts délétères d’une telle manœuvre. Cloutier et sa famille devaient d’ailleurs, sans surprise, subir ensuite les affres de bozos enflammés par ton amalgame, au point où la SQ dut s’en mêler.

Oui, tu as savonné Cloutier aux suites d’un «Bonne fin de Ramadan»

Selon Radio-Canada, le 9 juillet 2016: «Le candidat à la direction du PQ Jean-François Lisée reproche à son rival Alexandre Cloutier d’avoir souhaité une bonne fin de ramadan aux musulmans sur Twitter, car cela contrevient, selon lui, au principe de neutralité de l’État.» 

Le comique de l’affaire? La suite: «M. Lisée a déjà utilisé le même réseau social pour souhaiter de joyeuses Pâques, lui ont rappelé des internautes.»

Enfin:  «[…] Jean-François Lisée n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.»

Oui, ta déclaration à l’effet «qu’il y a des hidjabs partout, ça suffit» servait sciemment à enflammer les foules

Te souviens-tu de notre entrevue filmée de 2018, à Métro, où je te demandais si tu oserais notamment dire «Il y a des kippas partout, ça suffit!»? Tu m’avais répondu OUI. 

Quand t’as le temps. Suis pas pressé. 

Oui, ton association entre burqa et AK-47 constituait un autre (mauvais) épisode de la série «À soir on fait peur au monde» 

J’attire ici ton attention sur un article du Devoir pour le moins dévastateur. On y lit: «À la question “Est-ce que les policiers réclament [l’interdiction de la burqa ou du niqab]?”, le député de Rosemont avait rétorqué: “Avez-vous parlé aux policiers? Faites votre travail: parlez-leur, écoutez-les! Oui, je me suis renseigné sur ces questions-là.”»

La suite: 

«Le Devoir a pris au mot M. Lisée et a demandé à la SQ, au SPVM ainsi qu’à la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s’ils avaient demandé à un expert interne ou externe de mesurer le risque posé par ces pièces d’étoffe. [Or], le SPVM n’a «retracé aucun document» de la sorte […] la SQ ne possède aucun document du genre. […] La GRC n’a pas de rapport qu’elle émet publiquement en ce qui a trait aux menaces d’attaques terroristes que pourrait subir le Canada.»

Oui, ta volte-face sur la question du voile coïncide avec l’électoralisme

Par preuve: tes propos à l’effet que «Le voile? Franchement, je m’y suis habitué et ce qu’on met sur sa tête ne devrait pas soulever l’ire nationale» ont été tenus en pleine «crise» sur les accommodements raisonnables, en plein Bouchard-Taylor, en pleine tempête «identitaire». Alors dis-nous: qu’est-ce qui a bien pu changer, en l’espace de 2-3 ans, sur ta perception du voile?

Vrai, cela dit, que tu nous as habitués à quelques changements de cap d’envergure. Ma préférée: cette fois où tu écrivais pompeusement dans le New York Times: «avec la Charte des valeurs, le Québec s’apprête à vivre son Jefferson’s Moment». Quelque peu ironique du fait que le père fondateur plaidait justement pour la liberté de culte chez les fonctionnaires, mais passons. 

Or, après l’échec électoral, tu tentais de faire croire aux médias – et peut-être à toi-même – que sans clause grand-père «je n’aurais pas voté pour cette loi. Je ne me serais pas abstenu. J’aurais voté contre». 

Alors, il était grandiose, notre moment, ou pas tant? Confusant, quand même. 

Mais t’inquiète, pas grave. Parce que seulement les fous ne changent pas d’idée. Et comme je l’expliquais dans mon premier texte, fou, t’es loin de l’être. Reste par contre à s’assumer, et à s’interdire de réécrire l’histoire à des fins de s’assurer, en violation des faits, la part belle.

Amicalement,

Fred

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