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Pirater Facebook est presque sans danger au Canada

Le 5e Colloque sur la cybercriminalité se tenait cette semaine à l’École polytechnique de Montréal. Voici le compte rendu des conférences auxquelles Métro a pu assister.

Les pirates informatiques ont plus d’un tour dans leur sac. Pour répandre leurs pourriels, ils utilisent désormais les réseaux sociaux tels que Facebook en piratant les comptes de certains utilisateurs.

«Faire un faux site Face­book, ce n’est pas compliqué, on en voit au moins un par semaine», raconte en conféren­ce David PÅ“llhuber, chef d’ex­ploitation chez Zero Spam, une entreprise spécialisée en sécurité informatique.

À l’image des faux sites bancaires, les pirates derrière les faux sites Facebook tentent d’obtenir votre mot de passe pour prendre possession de votre compte et inonder votre réseau d’amis de pourriels à sa­veur commerciale. Le ré­seau est tellement gangrené que 95 % des courriels qui y circulent seraient en fait des pourriels.

Ces grandes campagnes orchestrées par les pirates informatiques se font par l’intermédiaire des botnets, des ordinateurs de citoyens ou d’entreprises dont ils ont pris le contrôle pour envoyer leurs pourriels sans pouvoir être retracés.

Coupables jamais inquiétés
Au pays, certains se font des centaines de milliers de dollars en toute impunité, sans risque de se faire pincer. En effet, il existe un trou juridique au Canada concernant l’émission de pourriels, note M. PÅ“llhuber.

Le cas d’Adam Guerbez est emblématique. Le Montré­alais a été condamné par un tribunal américain en novembre dernier à verser 873 US$ à Facebook pour avoir envoyé plus de 4 millions de pourriels à des utilisateurs du réseau social. «Le jugement est inapplicable au Canada et il n’y a pas d’extradition possible. On est dans un vide juridique», déplore David PÅ“llhuber.

Pour faire la chasse aux polluposteurs, le gouvernement conservateur a déposé le projet de loi C-27, en avril dernier. «C’est mieux que rien, mais le fait qu’il s’agit d’une offense civile et non criminelle diminue son applicabilité», pense M. PÅ“llhuber.

Sur son blogue, Adam Guerbez fait le même constat en indiquant que les poursuites au civil risquent de se terminer par une entente hors cour qui sera quand même à l’avantage financier des pirates informatiques. 

Profil d’un pirate informatique
Si l’internet n’existait pas, les pirates informatiques Å“uvreraient probablement dans d’autres secteurs du crime. Voilà une autre des conclusions qui ressort d’une étude préliminaire présentée hier au 5e Colloque sur la cybercriminalité.

Pour en arriver à cette con­clusion, Benoît Gagnon, chercheur associé à la Chaire du Canada en sécurité, identité et technologie, a analysé le contenu des ordinateurs de plusieurs des pirates informatiques qui ont été arrêtés lors de l’opération Basique, menée par la SQ en 2008.

On estimait alors que rien qu’au Canada, près de 3 000 or­dinateurs avaient été infectés, dont certains appartenant à des institutions gouvernementales.

À partir des quelques 34 000 pages d’échanges en­tre les pirates sur les forums, M. Gagnon espère dresser un profil type. «Même si ce phénomène n’est pas récent, il y a très peu de données brutes  qui existent sur les pirates informatiques», dit-il

Le groupe étudié comprenait des membres qui avaient entre 17 et 26 ans au moment de l’enquête policière. Ce sont des personnes généralement solitaires, expertes dans un domaine, mais pas forcément dans la vie en général, selon le chercheur, qui note que leur ego est important même si elles font souvent face à des difficultés d’emploi et à des problèmes de consommation.

«Ce qui m’a surpris, c’est de voir que le partage d’information se faisait au compte-gouttes, alors qu’on pensait que dans la hiérarchie, les ha­ckers chevronnés formaient les jeunes loups qui se trouvent encore au bas de l’échelle», indique Benoît Gagnon. Il plai­de pour une meilleure connaissance de ce milieu pour «repenser les outils afin de faire face à ce type de criminalité».


Consommateur de pornographie juvénile type : jeune et éduqué
Jeune, éduqué, généralement sans antécédents judiciaires, le consommateur de pornographie juvénile au Québec ne cadre pas avec le portrait du criminel moyen…

  • D’après les statistiques, il a en moyenne 35 ans, dispose souvent d’un bagage universitaire et n’a d’antécédents judiciaires que dans 30 % des cas. Difficile toutefois d’en dresser un portrait précis. «C’est une population très hétérogène, on en trouve dans toutes les couches de la société», lance Mathieu Goyette, étudiant au doctorat en psychologie à l’Université de Montréal.
  • Au Canada, le nombre d’arrestations pour des cas de possession de pornographie juvénile est en hausse. «Ça ne signifie pas forcément que la consommation augmente, mais peut-être que les policiers sont plus efficaces», affirme Nicholas Longpré, étudiant à la maîtrise en criminologie, à l’Université de Montréal.
  • Chose certaine, l’internet augmente l’accessibilité et la circulation de la pornographique juvénile. Mais surtout, les forums permettent d’accéder à un réseau où les individus ayant les mêmes problématiques se rencontrent. «Les discussions peuvent entraîner un phénomène de banalisation de la pornographie juvénile», selon M. Longpré.
  • La consommation, la banalisation de leurs actes et l’escalade (images de plus en plus dures, enfants de plus en plus jeunes) peuvent alors déboucher sur une agression sexuelle proprement dite, même si aucune étude ne démontre clairement le rôle de l’internet dans le passage à l’acte.

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