Entrevue avec un responsable de QuébecLeaks: faut-il craindre ce WikiLeaks québécois?
QuébecLeaks, version locale du célèbre WikiLeaks de Julian Assange, devrait voir le jour mercredi dans la Belle Province. Devrait puisque les personnes derrière ce site ne se sont toujours pas dévoilées. Malgré tout, les Québécois sont invités à soumettre des documents depuis le 23 février. Métro s’est entretenu par courriel avec son porte-parole virtuel, qui se présente sous le nom de «Noam Chomsky».
Avez-vous déjà reçu plusieurs documents?
Oui. La plupart ne sont pas recevables. Cependant, je peux vous dire maintenant que nous avons reçu notre premier document intéressant jeudi.
D’où viennent les informations?
Les documents sont reliés autant à la sphère privée que publique. Mais nous nous attendons, par nos estimations préliminaires et nos enquêtes, à avoir plus de documents provenant du public. Ce sont les documents qui nous intéressent le plus.
Comment vous assurez-vous que les infos que vous recevez sont véridiques?
Nous avons une équipe de plus en plus diversifiée d’experts et de professionnels de plusieurs domaines. Ce sont des gens qui travaillent parfois dans l’industrie, mais qui désirent rester anonymes. Ce sont eux qui analysent nos documents une fois qu’ils sont reçus. Nous comptons des journalistes, des avocats, des comptables, des informaticiens et d’autres.
Pour le moment, votre organisation est très secrète. Êtes-vous un groupe sérieux et serez-vous en mesure de faire rouler le site longtemps?
Nous sommes une équipe très sérieuse, qui prend le projet et la situation actuelle du Québec très au sérieux. Nous avons monté plusieurs plans pour les mois à venir, travaillé sur des stratégies financières et juridiques. D’autant plus qu’une sortie publique entraînera de très lourdes conséquences (juridiques, légales, financières, émotionnelles).
A-t-on tenté d’empêcher la création de QuébecLeaks?
Nous avons une revue médiatique fortement positive et un soutien général très positif. Ce que nous savons c’est que certaines entités puissantes du Québec tentent d’obtenir des informations à notre sujet. Nous savons que le département de la Défense nationale, la Chambre des communes à Ottawa, l’Assemblée nationale et une douzaine d’autres ministères ont enquêté sur nous. Hydro-Québec a plus directement tenté d’avoir des informations sur nous. Plus précisément, il y a un groupe de blogueurs du Parti libéral du Québec qui tente de nous salir. Nous sommes prêts à en subir les coups. Comme nous le répétons depuis le début, nous ne sommes que partisans de la transparence. Nos idéaux personnels ne sont pas importants dans ce projet. Nous ne sommes pas et ne voulons pas être affiliés à un quelconque parti politique bien que nous soyons ouverts à travailler avec eux si cela peut servir la cause de la transparence.
Le gouvernement a-t-il des raisons de craindre votre venue?
Nous ne sommes en aucun cas un groupe de pirates informatiques. Nous ne piratons rien du tout. La seule et unique faille possible au niveau de la sécurité du gouvernement Charest, ce sont les humains qui forment son administration. Ce sont d’eux que nous recevrons des documents. Nous ne les sollicitons pas, nous ne leur parlons pas. Si des humains dans l’administration du gouvernement n’adhèrent plus aux idées du gouvernement (que ce soit Charest, Marois, ou autre), ils seront susceptibles d’envoyer des documents qui signalent des situations de corruption, de collusion ou simplement qui n’ont aucune raison d’être confidentiels.
Croyez-vous qu’il y a beaucoup de choses à déterrer au Québec?
Par expérience personnelle et par l’expérience personnelle de tous les collaborateurs que nous avons : oui. Nous sommes dans un système qui n’a pas bougé depuis 30 ou 40 ans. Un système qui ne change pas est un système qui se corrompt, c’est un système dans lequel des liens qui ne devraient pas être tissés sont tissés et c’est un système dans lequel des idéaux de société qui étaient auparavant forts deviennent faibles, voire oubliés.
Êtes-vous entrés en contact avec les responsables de WikiLeaks pour obtenir des trucs?
Oui, mais nous n’avons pas eu de nouvelles pour l’instant. Nous avons cependant des discussions avec l’équipe d’OpenLeaks, qui a été fondé par l’ex co-fondateur de WikiLeaks.
Un CanadaLeaks pourrait-il voir le jour?
Absolument. Un groupe CanadaLeaks vient de naître. Sauf qu’il s’agit d’un groupe de «trolls» qui tente de nous discréditer et de nous attaquer. Dans tous les cas, lorsqu’un groupe sérieux de CanadaLeaks se présentera, nous serons plus qu’ouverts à une collaboration avec eux. Mais en ce qui nous concerne, notre territoire de prédilection est le Québec.