Google Earth a cinq ans
Il fut un temps où les découvertes se faisaient difficilement. Pour découvrir un endroit, il fallait s’y rendre. Aujourd’hui, 700 millions de personnes ont vu les quatre coins du monde depuis leur maison, grâce à Google Earth qui fête ses cinq ans.
En tant qu’auteure de romans d’espionnage, Kat Brooks doit être au fait des endroits les plus reclus de la planète. Voyager autour du monde pour voir de quoi ont l’air les villes que ses personnages visitent est toutefois dispendieux. Mais elle a un truc : Google Earth. «Récemment, j’étais à la recherche d’un gratte-ciel à Vienne, explique l’auteure. Des sources me disaient qu’il n’y en avait pas au bord du Danube. J’ai donc utilisé Google Earth et j’ai trouvé ce que je cherchais. Kat Brooks n’est pas la seule à utiliser le logiciel. Depuis son apparition, il y a cinq ans, Google Earth a été téléchargé plus de 700 millions de fois.
«Nous voulions créer un miroir qui reflète ce que le monde est, raconte Peter Birch de Google Earth. Ce logiciel permet aux gens de faire un tour virtuel du monde sur leur ordinateur ou leur téléphone intelligent. Il y a bien sûr une immense marge entre visiter physiquement et virtuellement un lieu. Mais nous permettons aux personnes qui ne peuvent voyager de voir le monde.»
Il y a 15 ans, Google Earth aurait été inconcevable puisque les programmes du genre étaient réservés aux ingénieurs et aux architectes. Aujourd’hui, tous les ordinateurs peuvent montrer le monde en 3D. Après avoir reçu des images satellites de partout dans le monde, les ingénieurs de Google les ont converties en un format que les ordinateurs pouvaient lire. Ils ont ensuite ajouté quelques 20 millions de photos d’usagers.
Plus tôt cette année, un des cratères les mieux conservés de la planète a été découvert grâce à Google Earth, tout comme un squelette humain datant de plus de deux millions d’années. Environ 100 millions d’étoiles et quelque 200 millions de galaxies peuvent être observées grâce au logiciel, en plus des profondeurs marines.
Des usagers moins bien intentionnés ont aussi découverts Google Earth. Par exemple, les terroristes derrière l’attaque Mumbai ont préparé leur attentat en utilisant le logiciel. «Il existe d’autres outils sur le web pour les terroristes ou les pays ennemis leur permettant de planifier ou de surveiller des lieux, note toutefois James Forest, chercheur sur le terrorisme à la Défense américaine. Le pouvoir passe par la connaissance et nous vivons dans un monde où les informations sont plus accessibles que jamais. Évidemment, tout ça n’est pas sans risques.»
Dans le même ordre d’idée, plusieurs villes rendent publiques sur Google Earth des cartes présentant le taux de criminalité par secteur. «De plus, Google Earth est un bon outil pour déjouer les fraudeurs, croit M. Birch. Par exemple, on peut s’assurer qu’une maison qu’on souhaite louer pour les vacances est vraiment située sur la plage.»
Un outil varié
Les différents usages de Google Earth :
- Avant de signer avec des salles de concert ou des agences, le rocker Anand Bhatt va toujours voir les lieux sur Google Earth. «On m’a souvent donné de fausses adresses», explique l’artiste.
- Plusieurs futurs acheteurs vont y voir les maisons à vendre avant de les visiter.
- Des travailleurs vont jeter un coup d’Å“il à l’option circulation avant de quitter pour le bureau. D’autres consultent les prévisions météo.
- Les catastrophes naturelles attirent beaucoup de curieux sur Google Earth. Le pays le plus recherché cette année est d’ailleurs Haïti.
«Les yeux de dieu»
Métro s’est entretenu avec Alex Halavais, professeur associé en communications à l’Université Quinnipiac.
Comment Google Earth a changé la géographie?
Ç’a donné à tout le monde les «yeux de Dieu». Les nouvelles technologies permettent de voir le monde différemment aussi. Il y a bien sûr des changements concrets. Par exemple, avant de visiter une nouvelle ville, je vais consulter Google Earth afin d’apprivoiser sa disposition.
Les gens ont-ils raison d’être inquiets de la protection de la vie privée?
Tous ceux qui ont quelque chose à cacher devraient être inquiets. Bien sûr, Google Street View peut être intrusif, mais il faut se dire que le pouvoir d’avoir les «yeux de Dieu» n’appartient plus seulement aux riches qui ont accès aux satellites ou qui possèdent un avion.