L'amour au bout des doigts
Les applications pour téléphones intelligents visant à «trouver l’amour» se multiplient. Métro s’est intéressé au phénomène. Qui sait, votre âme sœur est peut-être tout près de vous…
Rencontrer une personne célibataire ici et maintenant, c’est ce que vous proposent de nouvelles applications pour téléphones intelligents. Ces dernières, adoptées d’abord par la communauté gaie, gagnent en popularité chez les hérétos québécois. Badoo, Speedflirt, Réseau Contact et Monclasseur.com, pour ne nommer que celles-là, visent à faciliter les rencontres grâce à la technologie.
Comment ça marche? Toutes les applications ont leurs particularités, mais ce qu’elles ont de vraiment révolutionnaire, c’est que la plupart utilisent la géolocalisation afin de déterminer où sont les célibataires qui se trouvent à proximité de l’usager, et ce, dans un rayon aussi restreint que
10 mètres. Si, par exemple, un utilisateur est dans un café et voit sur son téléphone qu’une personne intéressante prend un verre dans le bar de l’autre côté de la rue, il peut lui envoyer un message, et, si elle est d’accord, ils peuvent se rencontrer sur-le-champ pour aller discuter autour d’un verre ou d’un café.
«Aujourd’hui, les gens veulent communiquer rapide-ment avec des personnes actives, près de chez eux, qu’ils peuvent rencontrer dans la vraie vie», affirme Christian Magnani, président de la compagnie suédoise The Mobile life, qui vient de lancer au Québec l’application Speedflirt.
«Le comportement des gens a changé avec l’arrivée des téléphones intelligents. Leurs propriétaires les ont toujours avec eux, ils s’en servent souvent et à petites doses, ajoute-t-il. Les statistiques nous disent qu’un utilisateur de téléphone intelligent se sert de son appareil environ 25 fois par jour, moins de 5 minutes chaque fois. Les applications de rencontres doivent donc être faciles et rapides à utiliser.»
Du site de rencontres à l’application
Devant la popularité des téléphones intelligents – 25 % des adultes québécois en posséderaient un –, les sites de rencontres n’ont pas eu d’autre choix que de suivre le mouvement et de lancer leur propre application. Ainsi, Réseau Con-tact l’a fait à la fin de 2011, et Mon Classeur s’apprête à lancer la sienne prochainement.
«C’est l’avenir, ce genre d’applications, car le gros du trafic vient du mobile, souligne l’humoriste et cofondateur du site Monclasseur.com Marc Boilard. Aujourd’hui, les gens qui désirent faire des rencontres ne veulent pas perdre une minute. Ils souhaitent profiter de chaque occasion. L’avantage de ces applications, c’est la rapidité du contact. Elles accélèrent le processus et décuplent les rencontres. En fait, comme les sites de rencontres, ces applications ne sont qu’une façon de connaître des gens que vous n’auriez jamais croisés autrement. Le but ultime, c’est aussi de ne plus avoir à les utiliser!»
«L’application est plus conviviale que le site web, affirme pour sa part le directeur général de Jobboom et de Réseau Contact, Patrick Tapp. Elle crée une tout autre dynamique chez les célibataires. Par exemple, dans une salle d’attente, au lieu de regarder de vieux magazines, ils vont pouvoir organiser leur prochain rendez-vous galant. Cette nouvelle façon de rencontrer des gens sera moins contraignante physiquement et psychologiquement que d’être seul devant son ordinateur. Elle va amener un aspect résolument plus relax à l’activité de chercher l’âme sœur!»
Mais pour que ces applications tiennent leurs promesses, il faudra qu’elles attirent plusieurs utilisateurs, disent aussi bien Marc Boilard que Patrick Tapp. «La popularité de ces applications va sûrement augmenter graduellement, car monsieur et madame Tout-le-Monde n’en sont pas encore là, rappelle le directeur général de Jobboom et de Réseau Contact. Les jeunes vont sans doute s’y intéresser davantage, car les textos font déjà partie de leur vie.»
La sexologue clinicienne Anik Ferron, qui prépare actuellement un doctorat sur les réseaux sociaux et la sexualité, s’interroge quant à elle sur les conséquences de l’arrivée de ces applications vouées aux rencontres amoureuses.
«D’un côté, ces applications facilitent les rencontres et peuvent être une bonne solution de rechange pour ceux et celles qui en ont assez des bars. De l’autre, cette accessibilité et cette immédiateté m’amènent à m’interroger sur la profondeur des relations qui seront créées», confie-t-elle.
Est-ce que, tout comme Grindr (application populaire dans la communauté gaie), les nouvelles applications de rencontres qui envahiront bientôt le marché québécois sont vouées à faciliter seulement les relations sexuelles sans lendemain? «L’avenir nous le dira, mais une chose est sûre, ce sera un sujet très intéressant à étudier!» affirme Anik Ferron.
Témoignages d’utilisateurs :
Marie
«J’ai eu quelques discussions intéressantes grâce à ces applications. Les autres personnes qui ont pris contact avec moi cherchaient clairement des rencontres sexuelles plus qu’autre chose. Je pense que ces applications permettent de rencontrer plus de gens, mais comme dans la vraie vie, c’est difficile de trouver quelqu’un avec qui ça va cliquer!»
Charles
«Au début, c’est assez troublant de voir qu’il y a quelqu’un d’intéressant à 100 mètres de toi! Si tu utilises ces applications dans le but de trouver un chum, tu n’auras pas beaucoupde succès, à mon avis. Mais pour ma part, je suis gêné et je ne sors pas beaucoup. Donc, c’est sûr que ces applications sont devenues pour moi une sorte d’option intéressante pour faire des rencontres.»
Antoine
«Depuis que j’ai téléchargé l’application, je n’ai pas vraiment vu de filles qui étaient mon genre. J’ai tenté une rencontre dernièrement avec une fille, et ça c’est terminé au lit. Selon moi, la meilleure façon de faire des rencontres reste encore Facebook. Avec les profils détaillés et les photos, tu peux voir à qui tu as affaire et tenter des approches avec des amies de tes amis, c’est plus facile.»