Vivre ensemble

L’aménagement de la ville est-il sexiste? Oui, disent des expertes

Une femme se tient au milieu d'une rue passante.
Photo: Viacheslav Peretiatko/iStock / Montage Métro

L’espace public profite moins aux femmes qu’aux hommes. C’est parce que, historiquement, il a été conçu par les hommes et pour les hommes dans les sociétés occidentales, soulignent des expertes contactées par Métro dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes. Ce qui fait que l’aménagement de la ville est sexiste.

Les femmes étaient dans l’espace privé et les hommes, qui travaillaient, étaient dans l’espace public. Les hommes parcouraient donc la ville et l’ont bâtie en conséquence. C’est le constat d’Anne Latendresse, professeure au Département de géographie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Les hommes se croient encore les maîtres et il y a la perception que les femmes ne sont pas à leur place.

Anne Latendresse, professeure au Département de géographie de l’UQAM

Pourquoi est-ce problématique?

Le sexisme en ville engendre plusieurs conséquences, soulignent les expertes interrogées. Il peut s’agir de harcèlement, de sentiment d’insécurité ou du fait de ne pas se sentir intégrée à la société. Il renforce ainsi les inégalités et alimente des stéréotypes de genres.

Ce sexisme est toutefois invisible lorsque les femmes, par exemple, se protègent en se privant de sortir, souligne la chargée de projet de la table des groupes de femmes de Montréal Marie-Ève Desroches. 

Les lieux sexistes

Plusieurs facteurs rendent un lieu sexiste: son aménagement, son appropriation, sa dynamique et comment les agressions, par exemple, y sont gérées.

Un faible éclairage crée de l’insécurité et rend moins accessibles des lieux tels que les stationnements, les viaducs ou les pistes cyclables, comme celle qui traverse le parc Laurier. 

De plus, les parcs publics servent davantage aux hommes, notamment à cause de l’espace occupé par les terrains sportifs. Anne Latendresse atteste que la superficie des aménagements utilisés par les jeunes femmes est moins importante. Celles-ci s’assoient plutôt dans les gradins et ne sont pas au centre.

«C’est souvent une question d’expériences vécues [qui sont] anticipées», explique Marie-Ève Desroches. Le sens d’un lieu peut changer du jour au lendemain, selon son achalandage, par exemple. Il est donc important d’évaluer ces pratiques, dit-elle.

Solutions 

Des initiatives sont prises par les villes. La sécurité urbaine est évaluée par les résidentes des quartiers lors de marches exploratoires depuis les années 1970. Il s’agit de renforcer le sentiment de sécurité, et ce, sans exclure quiconque.

La tâche est néanmoins complexe. Par exemple, la présence d’une caméra de surveillance peut porter préjudice aux travailleuses du sexe.

«Ça se fait en dialoguant avec celles qui utilisent l’espace», explique Marie-Ève Desroches.

Des analyses des budgets selon les genres sont aussi entreprises afin de constater si les investissements des municipalités profitent davantage aux hommes ou aux femmes.

Montréal, ville féministe

Bien que des améliorations restent à faire, Montréal est une ville féministe, estime Anne Latendresse. Plusieurs actions ont été entreprises pour améliorer la sécurité et l’intégration de toutes et tous. 

Depuis plusieurs années, il est possible de s’arrêter entre deux arrêts de bus. Certaines stations de métro disposent d’un meilleur éclairage, ainsi que de grandes baies vitrées. 

Les vestiaires universels sont apparus et certaines piscines publiques offrent des horaires non mixtes, comme la piscine du Centre sportif Côte-des-Neiges. 

La place des Montréalaises fait quant à elle preuve d’innovation. D’ici 2025, elle sera réaménagée, accessible universellement, analysée selon les genres et elle intégrera de l’art féministe.

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