Les études, un investissement?
«Si ça vous coûte quelque chose d’aller à l’université, c’est un bon investissement, c’est un placement.» C’est ce qu’affirme la ministre de l’Éducation, Line Beauchamp, dans des vidéos d’information diffusées par son ministère. Cependant, investir dans un baccalauréat ne veut pas dire réussir, et donc, cet investissement peut se transformer en endettement pour rien. Les étudiants ne sont pas prêts à inscrire leur avenir en Bourse!
Personnellement, je suis étudiant au baccalauréat en physique, un programme particulièrement difficile que peu d’étudiants réussissent à finir. Entamer ce type d’études devient alors un «investissement» à haut risque, et plusieurs étudiants seront portés à opter pour un programme offrant de meilleures chances de réussite. De plus, le bac en physique n’est pas le plus rentable qui soit. En fait, il est pratiquement nécessaire de terminer une maîtrise pour avoir des perspectives d’emploi raisonnables. Il faut donc y être admis. L’endettement devient alors un poids plus lourd à porter. Si on suit le raisonnement de la ministre, ce type d’études peut être décrit comme un investissement qui a de faibles chances de fructifier et ne vaut donc pas le risque. D’ailleurs, je pense que ce problème touche aussi la plupart des sciences fondamentales, des arts et certaines branches des sciences humaines. Ainsi, en suivant la logique de la ministre, étudier la physique à l’université n’aurait pas de sens?
Il ne faut pas considérer uniquement le côté monétaire de la chose. Le savoir doit aussi être pris en compte. C’est la soif de connaissances, et non le désir d’un salaire considérable, qui incite à étudier une science comme la physique. Au final, c’est la société qui en bénéficie. Est-il vraiment nécessaire de montrer l’impact que la science fondamentale a eu sur la société actuelle? C’est pourquoi l’éducation postsecondaire devrait être perçue comme un bénéfice pour la société et non comme un investissement. Au Québec, on valorise cette culture de la connaissance en garantissant à tous une accessibilité aux études. On parle d’un choix qui a été fait par les Québécois lors de la Révolution tranquille et qui est en train de disparaître graduellement. Avec la hausse des droits de scolarité, ce sont les domaines avec des perspectives d’emÂploi bien rémunérés qui sont valorisés, au détriment des autres. Pourquoi ne pas encourager le savoir en garantissant une accessibilité universelle aux études?
– Antoine Darveau-Bernier, Étudiant au bac en physique à l’Université de Montréal