La sensibilité du marché boursier

Le marché boursier est d’une grande sensibilité. Sensible au sort des détenteurs de capitaux s’entend, et d’une froideur implacable envers les autres. Le marché des capitaux réagit puissamment au fric. Il en veut toujours plus, rapidement et par tous les moyens.

J’ai ressorti des articles de journaux rigolos. Commençons par : «Google a quadruplé ses profits, mais l’action a perdu 6,5 % de sa valeur», bénéfices jugés insuffisants par les actionnaires. Tordant! C’est comme si Charest offrait de quadrupler le salaire des fonctionnaires et qu’ils refuseraient, trouvant l’offre insultante. Trois «vites» sur des québécoises : «Couche-tard : des profits cinq fois plus importants… qui déçoivent»; «Rona : des profits records mais… les investisseurs ont mal réagi»; et, enfin : «Garda : des profits en forte hausse qui déçoivent les analystes. Le titre a perdu 5,6 %». Que dire du fabricant du Black Berry : «RIM double son bénéfice, mais déçoit les attentes». Voyons donc, il aurait fallu le tripler!

Idem dans le secteur bancaire : «La TD a plus que doublé ses profits et le titre baisse», «La Banque de Montréal déclare des profits records et son titre perd 2 %» et «Malgré une hausse de 19 %, les bénéfices de la Banque Royale déçoivent les investisseurs». Afin de plaire au marché : «BMO abolira 1000 postes pour stimuler ses résultats financiers, après avoir connu en 2006 une année très profitable». Puis : «La CIBC supprime 2000 postes» toujours en période de profits records. Voici la justification : «Étant donné les perspectives économiques incertaines, il est prudent de prendre des mesures préventives qui renforcent notre bilan et contribuent à protéger nos bénéfices». Prudence… on congédie! Faut «énergizer» le profit et doper la valeur de l’action. Noble objectif. Ils ont répété le stratagème deux ans après : «Le bénéfice augmente, mais la CIBC abolit 1 500 postes supplémentaires». Le marché raffole de ces gestes «humanitaires» de «responsabilité sociale».

Cette course débile aux profits mène à la fraude, à la corruption, aux crises financières, la violence et à la guerre. Pour «booster» leurs bénéfices, les entreprises élimineront la concurrence, financeront les politiciens et les milices privées, licencieront des tonnes d’employés, fermeront des usines, pollueront joyeusement et pratiqueront l’évasion fiscale. Au Canada, 20 % des plus riches détiennent 94 % des capitaux et les 60 % moins aisés seulement 1 %. Pour chaque 100 $ de gain boursier, seulement 3 cents est consommé. La logique voudrait qu’ils taxent moins le travail et davantage les capitaux des nantis, mais ils font le contraire.

Terminons par cette «drôlerie» : «Même si les profits sont six fois supérieurs, Dow Chemical supprimera 3 000 emplois (aux 3 500 déjà éliminés)». Le marché a jubilé. Merveilleux capitalisme avec ses lois naturelles et sa main invisible.

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