Cours d'empathie 101

Nous sommes à l’hôpital Sainte-Justine, le 2 février 1998. Déjà 12 ans se sont écoulés. Je me souviens dans les moindres détails le moment où une éminente oncologue et son jeune stagiaire se sont assis près de moi et de mon conjoint, et nous ont annoncé avec la plus grande sensibilité la pire nouvelle que des parents peuvent entendre :

«Votre enfant est atteint d’un cancer sévère, ce sera très difficile, mais nous ferons tout ce qui est en notre possible et même encore plus pour le sauver.» Il y avait dans leur regard, leurs gestes, leurs paroles, une telle dose de compassion et d’empathie que je peux confirmer que, malgré cette annonce, j’ai eu confiance en ces médecins qui avaient su faire en sorte en quelques minutes que l’horreur devienne supportable, voire même, surmontable.

Quelque année plus tard, j’ai reçu par courrier une belle lettre du Dr Bruno Michon :

«Nous nous sommes rencontrés dans ce qui est certainement une des périodes les plus pénibles de votre vie. J’étais stagiaire en hématologie-oncologie et j’accompagnais l’oncologue lors de l’annonce du diagnostic de votre fils. Je n’oublierai jamais ce moment qui m’a grandement bouleversé. J’y pense encore. C’était la première fois que j’assistais à l’annonce d’un tel diagnostic. Vous aurez certainement marqué le cours de mon existence. À la suite de ce stage, je me disais que je deviendrais hématooncologue pédiatre pour ai­der les familles éprouvées…»

Le Dr Michon est aujourd’hui pédiatre oncologue. C’est un médecin plein d’empathie et de compassion. La maladie de mon enfant m’a amenée à m’impliquer auprès des enfants et des adultes en phase terminale. J’ai assisté plus d’une fois à l’annonce de la fatalité.

J’ai été témoin des situations complètement inacceptables où des médecins ne prennent même pas la peine de lever les yeux de leur dossier pour regarder le patient pour lui annoncer sa mort prochaine. Je peux vous confirmer que l’attitude des médecins et même des infirmières est plus importante encore que la chimiothérapie.

Il est donc, à mon avis, plus que temps que le cours de compassion et d’empathie 101 soit obligatoire pour tous les étudiants en santé. Malheureusement, il existe encore trop peu de Dr Michon et Dre Champagne qui soignent avant tout un être humain, plutôt qu’un corps humain…

Francine Laplante

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