Illustration d'Emmanuelle Houle

C’est le 20 janvier 2017 qu’il est entré dans l’histoire en étant assermenté 45eprésident des États-Unis à Washington. Aujourd’hui, si on considère son bilan, on peut dire qu’il a repoussé bien d’autres limites : nombreux scandales, enquête sur les liens de ses proches et des membres de son équipe de campagne avec la Russie, interférence avec les résultats de l’élection présidentielle de 2016 et possibilité qu’il ne finisse pas son premier mandat. Le magnat de l’immobilier célèbre son premier anniversaire à la tête de la nation la plus puissante au monde.

Interpelé dès le lendemain de son investiture

Le lendemain de l’investiture de Trump, au moins 500 000 personnes ont pris part à ce qui a été appelé la «marche des femmes», une manifestation monstre organisée à Washington pour rappeler l’importance des droits de la personne, de l’égalité, de l’intégration et des droits des communautés LGBT, mais aussi pour condamner le racisme et la misogynie. L’événement visait directement le président à sa première journée de travail, lui que plusieurs femmes accusaient de harcèlement sexuel et qui avait déclaré dans un enregistrement rendu public peu avant les élections qu’une femme pouvait être «attrapée par la chatte». Le 21 janvier 2017, près de deux millions de personnes défilèrent dans plusieurs villes aux États-Unis, mais également dans le monde, pour dénoncer ces propos.

Offensive contre les immigrants sans papier

Au cours des 12 derniers mois, nous avons été témoins d’événements historiques dont Donald Trump a été le principal protagoniste. Sa signature – ou non-signature – a aussi laissé des traces importantes durant cette année. Après son investiture, il a ordonné au ministère de la Sécurité intérieure d’appliquer plus agressivement les lois sur l’immigration, une première étape dans son offensive contre les immigrants sans papiers. Un an après avoir prêté serment, Trump a été incapable de tenir sa promesse de faire construire un mur à la frontière mexicaine, mais au cours des dernières semaines, il s’est servi de cette menace pour obtenir certaines concessions sur les politiques migratoires, notamment le programme DACA.

Ses voyages à l’étranger

En un an, le président a fait de nombreux voyages à l’étranger, se rendant entre autres au Japon, en Corée du Sud, en Chine, au Vietnam, aux Philippines, en Israël, en Allemagne et en France. Et comment oublier son passage en mai au Vatican et son immense sourire – en contraste absolu avec l’impassibilité du pape François, qui semblait alors vouloir dissimuler ses sentiments? Ou sa visite au Mur des Lamentations, à Jérusalem? Sur la photo de ce voyage, on le voit en compagnie de la première dame, Melania Trump, de sa fille aînée, Ivanka Trump, et de son gendre, Jared Kushner.

En froid avec la chancelière allemande

Trump a même suscité plusieurs controverses avec sa façon de recevoir les dignitaires à la Maison-Blanche. Il n’a échappé à personne que le président avait refusé de serrer la main à la chancelière allemande, Angela Merkel, lors de son séjour aux États-Unis, en mars. «Voulez-vous qu’on se serre la main?» lui a-t-elle demandé. M. Trump n’a ni répondu, ni tendu la main.

Une forte poignée de main

Avant Mme Merkel, le président a accueilli à la Maison-Blanche le premier ministre japonais, Shinzo Abe, dont il a secoué la main durant 19 secondes. La forte personnalité de Trump s’est d’ailleurs manifestée à plusieurs reprises dans sa façon de serrer la main de ses vis-à-vis. Le premier ministre canadien s’est illustré à ce chapitre, parvenant à contrôler à deux reprises la poignée de main donnée à Trump au cours de sa visite à Washington, en février. Si les rapports de force entre les nations donnent lieu à d’intenses négociations et à des sommets de haut niveau, avec Trump, tout part de la poignée de main.

Équilibre modifié à la Cour suprême

Utilisant la soi-disant «option nucléaire», le Sénat a confirmé en avril Neil Gorsuch en tant que nouveau membre de la Cour suprême des États-Unis. Avec la nomination de ce juge conservateur, l’équilibre de la Cour suprême a été modifié, quatre magistrats étant conservateurs et cinq libéraux. Gorsuch a par ailleurs refusé de répondre aux questions des sénateurs démocrates, qui lui ont demandé s’il était prêt à garantir les droits sociaux, dont le droit à l’avortement, qui a été acquis par les Américains il y a plusieurs décennies, mais qui fait l’objet de grandes préoccupations parmi ceux qui défendent le caractère fondamental de ce droit.

Retrait de l’Accord de Paris

Début juin, le président a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris sur le climat, un important pas en arrière par rapport aux mesures mises en œuvre par l’administration Obama. Trump a déclaré qu’il était prêt à amorcer de nouvelles négociations sur les changements climatiques afin de parvenir à des ententes qui, selon lui, conviendraient davantage à son pays. «Les États-Unis se retireront de l’entente de Paris sur le climat, mais négocieront pour réintégrer cet accord ou toute nouvelle entente dont les termes seront justes pour les États-Unis», a expliqué le président à ce moment, mais aucune négociation sur le climat n’a eu lieu depuis.

Le lancée de rouleaux de papier de toilette

Durant sa visite à Porto Rico, en octobre, après le passage de l’ouragan Maria, Trump a lancé des rouleaux de papier de toilette aux victimes comme s’il s’agissait d’une partie de basketball ou d’une tombola d’articles de première nécessité, des gestes considérés par plusieurs comme humiliants et scandaleux.

«Des pays merdiques»

En décembre, la Cour suprême a autorisé l’application du décret de l’administration Trump interdisant l’entrée aux États-Unis des ressortissants de la Corée du Nord et de six pays à majorité musulmane – Tchad, Iran, Syrie, Libye, Yémen et Somalie – ainsi que des responsables gouvernementaux vénézuéliens. Fait à noter, la décision de la Cour suprême ne sera pas définitive tant qu’on ne saura pas si ce décret est ou non constitutionnel. Et puis, la semaine dernière, Trump a suscité une nouvelle controverse sur la question de l’immigration après avoir présumément qualifié Haïti et les pays africains de «pays merdiques» en parlant des immigrants provenant de ces régions.

Réforme fiscale décriée

Également en décembre, M. Trump a célébré en compagnie du leader républicain au Sénat, Mitch McConnell, du leader républicain à la Chambre des représentants, Paul Ryan, du vice-président, Mike Pence, ainsi que des membres de son équipe de travail de la Maison-Blanche l’approbation d’une réforme fiscale qui a été qualifiée par ses partisans de la plus éclatante victoire législative de Donald Trump et du Parti républicain au cours de la première année de la présente administration. Toutefois, celle-ci a été décriée comme étant une réforme qui accorde d’importants avantages sous forme de réductions d’impôt aux entreprises et aux citoyens les plus riches, et qui offre des miettes à la classe moyenne et aux plus pauvres.

La première année de Donald Trump au pouvoir analysée

L’avocat et professeur agrégé à la Faculté de droit de l’université du District de Columbia, à Washington, D.C., Rafael Cox Alomar, a répondu aux questions de Metro World News sur la première année au pouvoir du 44e président des États-Unis, Donald Trump.

Comment analysez-vous la première année de Donald Trump à la tête des États-Unis?
Je dirais qu’elle a été marquée par les dissensions, non seulement à l’échelle nationale, mais également internationale. Sur le plan domestique, c’est une année qui a aussi été particulièrement infructueuse. M. Trump a commencé par proposer l’abrogation d’Obamacare, et nous savons tous que cela n’a rien donné, le président ne parvenant même pas à obtenir de consensus dans son propre parti. Il a aussi beaucoup parlé, au début de son mandat, du mur à la frontière avec le Mexique. Là encore, il a eu beaucoup de mal à obtenir un consensus parmi les républicains au Congrès afin de faire avancer sa réforme de l’immigration, laquelle serait vraisemblablement très restrictive et xénophobe. M. Trump estime que les immigrants provenant de pays comme Haïti ou de continents comme l’Asie et l’Afrique n’ont pas leur place aux États-Unis. Il a aussi attaqué de façon assez insultante certaines minorités et les gens qui ne partagent pas ses convictions.

Il a procédé, il est vrai, à une réforme fiscale. Il s’agit de sa seule victoire sur le plan de la politique intérieure. Mais ce qu’il a fait, c’est de favoriser encore davantage les riches et, dans le cas de Porto Rico, de détruire ce qui restait de l’industrie manufacturière.

Et sur le plan judiciaire?
Sur ce plan, on peut rappeler que le président a réussi à obtenir la confirmation du juge conservateur Gorsuch à la Cour suprême. Avec cette nomination ont commencé ses petites attaques contre le droit à la vie privée, le droit fondamental des femmes à disposer de leur corps, le droit des groupes minoritaires à participer à la vie de la société américaine grâce, notamment, à des programmes de discrimination positive et j’en passe. Selon moi, aussi longtemps que M. Trump aura la possibilité de nommer des juges à la Cour suprême, il y nommera des conservateurs et des fondamentalistes.

Et en matière de relations internationales, quelle mesure ressort selon vous?
À cet égard, la première chose à souligner est la façon dont M. Trump a traité la question des relations au Moyen-Orient, notamment en déménageant l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem. Évidemment, une telle initiative détruit la structure de négociation qui prévalait depuis les Accords d’Oslo, au début des années 1990. Il s’agit d’une mesure brutale, irréfléchie qui, encore une fois, place les États-Unis dans une position douteuse au Moyen-Orient, mais également auprès de leurs plus proches alliés, notamment la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, avec qui M. Trump avait par ailleurs déjà eu quelques divergences sérieuses.

Pensez-vous que M. Trump terminera son mandat de quatre ans?
En novembre auront lieu les élections de mi-mandat, et il est tout à fait envisageable que les démocrates obtiennent la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Cela ouvrirait grand la porte à un processus qui pourrait remettre en question la capacité de M. Trump à terminer son mandat. Si le président devait être rejeté par la Chambre et envoyé au Sénat pour y être jugé, tout dépendrait alors des preuves que le procureur Mueller pourrait avoir recueillies contre lui dans le cadre de l’enquête sur les liens avec la Russie. Cela dépendrait également de ce qui arriverait avec son gendre et ses enfants, et des informations que pourraient alors fournir les gens qui ont déjà plaidé coupable dans cette affaire, comme Paul Manafort et Michael Flynn. Et aussi des ententes que ces personnes négocient avec le FBI, dont on connaîtra la teneur cette année.

 

Aussi dans Monde :

Nous utilisons maintenant la plateforme de commentaires Facebook Comments sur notre site web. Grâce à celle-ci, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!