École durable
Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson, dit le vieil adage. Un nouveau type d’école s’appuie sur ce principe, en montrant à ses étudiants le b. a.-ba de l’entrepreneuriat.
Le modèle, qui pousse aux quatre coins de la planète grâce à l’organisation non gouvernementale Teach A Man To Fish, propose des écoles qui sont des mini entreprises d’agriculture. Les étudiants y apprennent la pratique du métier d’agriculteur, par exemple, mais aussi les notions d’affaires. Tous les profits de l’entreprise sont réinjectés dans l’école.
«Tout a débuté sur Google, raconte le fondateur et directeur de Teach A Man to Fish (TAMTF), Nik Kafka. Je cherchais dans le moteur de recherche des opportunités de bénévolat. Je suis tombé sur une fondation au Paraguay, un pays dont je ne connaissais rien. Cette découverte a complètement changé ma vie.»
L’école où il a travaillé, tout juste à l’extérieur de la capitale du Paraguay, Asunción, offrait une approche nouvelle qui permettait aux étudiants à faible revenu d’accéder au système d’éducation. Inspiré par son expérience à la Fondation Paraguaya, M. Kafka abandonne sa carrière de banquier pour fonder son organisme et reproduire le modèle ailleurs.
«En plus de cours réguliers de mathématiques et de sciences, les étudiants de TAMTF apprennent à gérer une entreprise de façon durable et sont des acteurs de premier plan dans le succès de l’école-entreprise, explique M. Kafka. Toutes les entreprises de l’organisme – de fermes de produits laitiers à des écogites – sont rentables.»
On compte aujourd’hui des écoles de TAMTF au Nicaragua, en Ouganda, en Bolivie, au Kenya et au Paraguay. Cette dernière demeure la pierre angulaire de l’organisation, générant des revenus de 300 000 $ par année grâce à sa production de fromages et son centre de conférence, ce qui couvre entièrement les dépenses de l’établissement.
De plus, les diplômés se voient offrir des postes importants dans certaines compagnies bien en vue ou poursuivent leurs études dans les meilleures universités de la région. D’autres démarrent leur entreprise et créent de l’emploi. Le tout est en accord avec le but premier de TAMTF : former des leaders qui agiront comme levier pour sortir leur région de la pauvreté.
«Certains de nos étudiants ont décroché des bourses et remporté des prix internationaux, dit fièrement M. Kafka. Un exemple de succès : Rogers, en Ouganda, se paye des études en comptabilité grâce aux profits de sa plantation de bananes, une business qu’il a apprise à notre école.»
Compétition
- Cette année, Teach a Man to Fish a lancé une compé-tition internationale, la School Entreprise Challenge, un concours destiné aux écoles pour lancer des entreprises durables, même sans capital de démarrage.
- Plus de 600 écoles se sont inscrites. On trouve des projets de tisanerie au Népal, de jeans recyclés en sac à main à l’île Maurice et même de serviettes hygiéniques faites de feuilles de banane en Ouganda.
- Le concours vise à stimuler la création de nouvelles entreprises qui financeront les écoles pauvres.
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L’infatigable entrepreneur
Issu d’une famille de 19 enfants, Jorge Guerrero a fréquenté l’école phare du programme Learn a Man to Fish, à San Francisco, au Paraguay.
À la fin de ses études, il a reçu une bourse pour poursuivre des études universitaires en agronomie et a pu éponger ses dépenses grâce aux choses qu’il avait apprises à l’école. Il a créé un jardin de légumes biologiques sur des terres non utilisées d’un centre d’hébergement. Il a offert des produits aux résidents et a vendu le reste sous la marque BioGran pour gagner sa vie.
«J’aime l’idée d’apprendre sur le terrain. Les écoles de TAMTF fonctionnent sous ce principe. Les étu-diants sont impliqués dans tout, raconte Jorge. Nous nous concentrons sur toutes les étapes de production et non seulement le produit final. La chose la plus importante que j’ai apprise, c’est comment être un entrepreneur.»
Une fois son diplôme universitaire en poche, Jorge souhaite revenir chez lui, à San Joaquin, où il veut fonder une entreprise et créer de l’emploi pour sa communauté. «C’est important pour moi de montrer qu’on peut réussir même si on vient d’une famille nombreuse sans grandes ressources», conclut-il.