Montréal en tournages: imaginer Moscou, Berlin ou Mumbai en plein cÅ“ur de la ville
Fonctionnaire à la Ville de Montréal, Nicholas Barker exerce un métier qui en ferait rêver plus d’un. Avec son collègue Yan Éthier, il reçoit des scénarios de films et doit dénicher en ville des endroits qui sauront satisfaire les équipes de production. Le but, c’est de convaincre celles-ci de choisir la métropole comme lieu de tournage. Dans sa camionnette sont déjà montés de grands noms tels que John Travolta ou David Fincher. Parcourir avec lui les rues de Montréal, c’est voir la ville sous un Å“il différent. Ça roule… Action!
- Rue Saint-Paul
Les pavés mènent au marché Bonsecours et à son majestueux dôme gris. C’est là que David Fincher a tourné les scènes russes du film L’étrange histoire de Benjamin Button, dans lequel Brad Pitt ne cesse de rajeunir. «On a fait tomber de la neige, le dôme a été modifié en post-prod pour qu’il fasse plus russe, et bingo, on était à Moscou!»
Le plus étonnant, c’est que quelques centaines de mètres plus loin, l’équipe a tourné une autre scène du film, celle où Cate Blanchett se fait heurter par une voiture dans le Paris des années 1950. «Ça, c’est la force de Montréal. Son architecture peut aussi bien rappeler Paris, New York, Moscou ou Londres que… Mumbai! Récemment, j’ai rencontré des Indiens qui m’ont dit que la rue de la Commune leur rappelait les façades du front de mer de Mumbai», raconte M. Barker.
- Hôtel de ville
Le hall d’honneur, tout en marbre, confère à l’endroit un style très officiel qui a déjà été utilisé pour figurer des parlements, l’ONU et même le Kremlin. C’est là qu’a notamment été tournée l’une des scènes du film de Martin Scorsese The Aviator. On y voit Howard Hughes (Leonardo Di Caprio) se défendre devant une commission d’enquête relativement à sa guerre contre le monopole de la Pan Am sur les vols internationaux.
La particularité du tournage, c’est qu’il s’est déroulé en pleine journée, alors que plusieurs centaines employés étaient au travail, preuve que l’hôtel de ville est prêt à faire pas mal de concessions pour amener des tournages internationaux dans la métropole.
- Les quais du Vieux-Port
Cette zone industrielle où la rouille fait concurrence aux mauvaises herbes est idéale pour tourner des échanges de drogue, des meurtres et des poursuites automobiles.
Dans The Art of War, Wesley Snipes s’échappe de la camionnette des mafieux chinois qui l’avaient capturé pour sauter sur le camion de marchandises d’un chauffeur en train de se faire une ligne de coke tout en conduisant. Spectaculaire, même si le scénariste a beurré épais sur ce coup-là!
- Place d’Youville
Sur cette place qui porte le nom d’une des figures importantes du Montréal des années 1700, George Clooney a recréé une partie du mur de Berlin pour son film Confessions of a Dangerous Mind. Signe que le directeur artistique du film a de la suite dans les idées, l’obélisque qui se trouve sur la place a été transformé en mirador! «Il y a aussi un énorme souterrain entre le musée Pointe-à-Callières et la rue McGill, où le musée effectue des fouilles. On aimerait bien pouvoir y tourner, ça serait idéal, car ça concurrencerait les catacombes de Paris ou les égouts de Londres.»
- Les studios Mels – Cité du cinéma
Au détour, d’un couloir, on tombe sur le grand gourou du lieu, Michel Trudel. Ce dernier arrête Nicholas Barker pour lui parler des sujets chauds de l’heure. La décision de Québec d’étendre les crédits d’impôt de 25 % à tous les frais de production lui a redonné le sourire. «Le téléphone ne dérougit pas, on reçoit plein de scénarios depuis», s’enthousiasme-t-il.
Si le chiffre d’affaires des productions étrangères en sol québécois a baissé de 70 % ces cinq dernières années, il semble y avoir de la lumière au bout du tunnel. D’ailleurs, le Bureau du cinéma et de la télévision de Montréal est occupé ces temps-ci, si bien que Nicholas Barker doit rentrer. Il a des repérages à faire pour pas moins de cinq tournages potentiels.
Quelques tournages en cours
- Barney’s Version, avec Paul Giamatti et Dustin Hoffman, inspiré du dernier roman de l’auteur montréalais Mordecai Richler.
- Fatal Bazooka, un film du Français Michael Youn, dont l’humour sera très dix-huitième degré!
- Beastly, inspiré de La Belle et la Bête et se déroulant à New York. Marie-Kate Olsen y joue un rôle et a retenu l’attention des paparazzis.
- Blue Mountain State, télésérie américaine. L’équipe de tournage a notamment opté pour le Collège John-Abbott et le Stade olympique.
À la chasse aux lieux de tournage
Pas toujours facile de
trouver des lieux de tournage ou de les garder. Même si l’aéroport de
Mirabel, qui tenait lieu de JFK dans The Terminal, avec Tom Hanks, est
vide, il n’est plus possible d’y tourner. Pareil pour la prison
fédérale Saint-Vincent-de-Paul, à Laval (photo), qui périclite depuis
qu’elle n’est plus utilisée.
«On a même essayé de faire intervenir le
ministre de la Sécurité publique de l’époque, Stockwell Day, mais le
directeur de la prison n’a rien voulu savoir. Pourtant, Tom Cruise
était prêt à investir 300 000 $ pour rénover une partie de l’édifice.
C’est dommage, car avoir des lieux de tournage, c’est très important :
si on ne donne pas de travail aux techniciens pendant deux ou trois
ans, ils partent faire autre chose, et on les perd.»