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Jacques Audiard: Derrière les barreaux

Depuis son triom­phe au Festival de Cannes, où il a gagné le Grand prix du jury, Jacques Audiard (Un héros très discret, De battre mon cÅ“ur s’est arrêté) ne cesse de récolter les honneurs pour Un prophète, son cinquième long métrage. Finaliste dans la catégorie du Meilleur film étranger à la prochaine soirée des Oscars, Un prophète part aussi favori aux César qui se tiendront samedi à Paris.

En entrevue via courriel avec Métro, le cinéaste français avoue cependant avoir des difficultés à se laisser bercer par cette symphonie de récompenses. «J’accepte avec reconnais­sance ce qui m’est offert et qui parfois me rassure. Mais Un prophète, c’est cinq ans de ma vie, cinq années appartenant maintenant au passé, note Jacques Audiard. Aujourd’hui,  je veux revenir dans le présent et le futur.»

À l’affiche partout au Québec dès demain, Un prophète brosse le portrait de Malik El Djebana (Tahar Rahim), un jeune délinquant condamné à six ans de prison. Pour survivre à son incarcération, il devra joindre les rangs d’un groupe de détenus qui font régner leur loi derrière les barreaux. Et peu à peu, il gravira les échelons d’un réseau criminel qui s’étend bien au-delà des murs de l’établissement…

À vos yeux, Un prophète montre-t-il l’ascension d’un jeune délinquant ou sa descente aux enfers?
Malik est un personnage ambivalent du fait même de son histoire. Il devient délinquant – c’est un euphémisme! – d’abord pour survivre. Ensuite, quand il acquiert un réel pouvoir, il reste toujours assez critique à l’égard de l’argent et de la violence. C’est donc d’une certaine façon un «malgré lui». Alors, «ascension» ou «descente aux enfers»? Sans doute les deux, à parts égales.

Après avoir dépeint la prison comme le centre névralgique du vice et de la corruption, croyez-vous toujours au système correctionnel dans sa forme actuelle?

Ce film est une fiction – une pure fiction – et s’il repose sur un fond sociologique, comme souvent les films de genre, il n’a pourtant pas valeur de documentaire. Après, qu’il y ait de la corruption dans les prisons, qu’il y ait de la violence et que la prison soit pour certains, selon la formule, une «école du crime», oui, sans doute. Mais je ne pense pas en disant cela faire beaucoup avancer le débat.

Après avoir dirigé de grandes pointures comme Mathieu Kassovitz, Vincent Cassel et Romain Duris. Pourquoi avez-vous confié le rôle-titre de Un prophète à Tahar Rahim, un pur inconnu?
Pour croire à cette histoire, il fallait que le personnage ne soit pas «reconnaissable». Si nous avions choisi telle ou telle vedette, l’effet de réel aurait été difficile à installer. Et puis, le cinéma, à mes yeux en tout cas, doit être relié au réel : il doit ressembler à la rue que je traverse le matin, il doit me montrer des visages ressemblant à ceux que je croise, il doit me transmettre les mêmes voix, les mêmes langues. Tout cela pour dire que le cinéma français manque peut-être de visages nouveaux, de corps différents, de langues différentes.

Vous avez laissé présager l’idée d’une suite à Un prophète. C’est vrai?

Oui, mais pas dans l’immédiat.

Un prophète
En salle dès demain

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