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À l'origine d'un cri: Chercher la femme

Jessica Émond-Ferrat - Métro

Pour Robin Aubert, même si son troisième film, À l’origine d’un cri, tourne autour de trois générations d’hommes – le fils (Patrick Hivon), le père (Michel Barrette) et le grand-père (Jean Lapointe) -, il n’a pas écrit un «film de gars». «Du moins, ce n’est pas une critique sociale sur l’homme, précise-t-il. Ç’a l’air bizarre, mais j’ai l’impression d’avoir écrit ce scénario avec mon côté féminin. Je dirais que c’est un film sur l’amour. Le père a perdu l’amour, le grand-père a connu l’amour et essaie d’accepter les répercussions de la perte de celui-ci, et le fils est à la recherche d’amour.»

Dans À l’origine d’un cri, Michel Barrette joue le rôle d’un homme dont la seconde femme, l’amour de sa vie, vient de perdre la vie. Incapable d’accepter la tragédie, il déterre le cadavre et s’enfuit avec celui-ci. Son fils et son père sont alors mandatés par le reste de la famille pour aller le retrouver. De son propre aveu, Robin Aubert s’est beaucoup inspiré de l’histoire de sa propre famille. «J’avais le goût d’écrire ça depuis longtemps, mais je n’arrivais pas à le mettre sur papier, dit-il. Puis, à un moment donné, le moment devait être approprié pour écrire ça, parce que ça s’est fait d’un coup, comme s’il était déjà écrit dans ma tête. Je n’ai pas voulu réfléchir, enlever les défauts, parce que ça aurait enlevé des couches du subconscient. L’écriture était spontanée, comme un riff de guitare improvisé.»

Ce scénario a immédiatement séduit ceux qui sont devenus ses trois principaux interprètes. «Ce n’est pas un scénario complaisant, à cause du côté ludique et drôle que Robin apporte, croit Patrick Hivon. Ces moments de comédie servent de soupape au reste du film, parce que les personnages sont lourds… Mais le film est lumineux. Pour moi, ce scénario est parfait, bien balancé, nuancé.»

Le comédien, qu’on connaît principalement pour ses rôles à la télévision (Rumeurs, Providence) a par ailleurs été interpellé par le rôle du fils perpétuellement en colère, parce qu’il y a retrouvé sa propre expérience. «La rage de ce gars-là, je la connais, affirme-t-il. Il y a eu une époque où j’en voulais à tout l’univers.  J’ai réglé cette partie-là de ma vie, et au départ, je me disais que j’aurais aimé avoir ce rôle dans ce temps-là! Mais j’aurais probablement joué unilatéralement – juste de la rage -, alors qu’avec le recul que j’ai maintenant, ç’a été très plaisant. C’est un défi en tant qu’acteur, c’est rare qu’on a l’occasion de jouer quelque chose qui nous ressemble à ce point.»

C’est précisément pour cette raison que Robin Aubert a choisi Hivon, après avoir fait passer 25 acteurs en audition avant lui. «Dès qu’il est entré, ç’a été clair que c’était lui, se souvient-il. La rage, tu ne peux pas jouer ça si tu ne l’as jamais connue. On sent toujours l’acteur derrière. Lui, il l’a, mais on sent aussi le petit gars qui se cache en arrière du  mur de brique.» Pour sa part, Michel Barrette a apprécié pouvoir construire de toutes pièces son personnage d’homme si torturé par la mort de sa femme qu’il en devient presque fou. «Un rôle comme ça, pour un acteur, c’est un maudit beau cadeau, s’exclame-t-il. C’est comme si on me demandait de jouer un tortionnaire nazi, par exemple. Je ne veux pas être ça dans la vie, mais un rôle qui permet d’aller dans ces zones sombres-là, c’est super!»

Les trois acteurs s’entendent pour dire que le fait que Robin Aubert soit d’abord un acteur le rend encore meilleur comme réalisateur. «Il sait ce que c’est. Il n’y a donc pas une séquence qu’on ait dû reprendre 15 fois», dit Jean Lapointe. «Il sait où nous emmener et le chemin à prendre pour le faire, il nous le dit quand ça sonne faux, et il nous laisse une grande liberté pour les dialogues, ajoute Patrick Hivon. C’était très enrichissant de travailler avec lui.» «Il est authentique, sans compromis, il ne cherche pas à être à la mode, et son honnêteté paraît dans son travail», termine Michel Barrette.

Si le cinéaste ne dédaignerait pas jouer un jour dans une de ses créations, il était hors de question qu’il ait un rôle dans À l’origine d’un cri. «C’est un film trop personnel, ça aurait été beaucoup trop narcissique, explique-t-il. Peut-être un jour, si je fais un film de clowns…»

Créer un univers intemporel
Les films de Robin Aubert baignent toujours, jusqu’à présent, dans une ambiance un peu glauque, décalée. «C’est vrai que je crée toujours un univers glauque, même assez trash, opine-t-il. C’est sans doute parce qu’il règne toujours une espèce d’ambiance post-nucléaire dans les scènes que je tourne. C’était pareil dans Saint-Martyr-des-Damnés. Dans mes films, tu vas remarquer que personne n’a jamais de téléphone cellulaire, d’ordinateur, il n’y a jamais de voitures modernes…

C’est toujours très intemporel, on ne sait pas si ça se passe en 2010 ou en 1990. J’aime faire ça, parce que pour moi, faire un film, c’est raconter une histoire dans une vie parallèle, dans un monde qui n’existe pas. Comme spectateur, j’aime regarder des films très réalistes comme ceux de Ken Loach, mais comme cinéaste, j’aime ce qui est taillé au gros couteau, ce qui est raw. Je ne pense pas qu’on va un jour dire de mon travail : « Ah! Il a fait un film maîtrisé! », et c’est très bien comme ça!»

À?l’origine d’un cri
En salle dès vendredi

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