Le iKnife : l’astucieuse arme contre le cancer
Londres. Une équipe médicale a fait la démonstration d’une technologie révolutionnaire qui retire uniquement les tissus cancéreux.
Au cours de l’opération, une fumée âcre se dégage alors que le scalpel électronique fait une incision dans la peau du patient. La fumée est captée et passe dans un tube relié à un appareil de la taille d’une machine distributrice. Après quelques secondes d’analyse, l’appareil annonce : «Vert, sain à 92 %.»
Le «patient» d’aujourd’hui est un morceau de porc, car l’éthique médicale ne permet pas le recours à un sujet humain pour les démonstrations du iKnife. Cet outil chirurgical, dit «intelligent», a le potentiel de révolutionner le combat contre le cancer. «Il peut changer le monde», croit le professeur Jeremy Nicholson, chef du département de Chirurgie et du Cancer à l’Imperial College de Londres (ICL), où l’outil a été créé.
Le iKnife utilise un procédé appelé Rapid Evaporative Ionization Mass Spectometry (REIMS), qui indique en temps réel au chirurgien si les tissus coupés sont cancéreux ou pas. Récemment, un essai réalisé auprès de 91 patients a obtenu un taux de précision de 100 %. Le scalpel est si sensible qu’il peut détecter des tumeurs mille fois plus petites qu’une tête d’épingle.
La chirurgie est le traitement privilégié pour lutter contre cette maladie, qui est la plus répandue au monde, mais cette méthode est plutôt brutale. Les chirurgiens doivent couper une grande part de tissus sains pour s’assurer de retirer complètement la masse cancéreuse. Malgré tout, ils n’y parviennent pas toujours, ce qui peut causer une réapparition encore plus dangereuse de la maladie.
Ce nouvel outil réduirait les risques de récidives et, selon ses créateurs, ouvrirait de nouvelles perspectives. «Il y aurait plus de possibilités d’opérer des patients à haut risque, en plus de repousser la limite existante entre les patients opérables et inopérables», explique le Dr Zoltan Takats, inventeur du iKnife et chirurgien à ICL.
Cette technologie pourrait également être utilisée afin d’identifier d’autres maux dangereux, comme les maladies du sang et les bactéries, et serait même capable de distinguer la viande de cheval du bœuf.
Il s’agit du dernier essai pour le iKnife et la fin des étapes de conception du produit. Des tests fructueux ont été réalisés en Hongrie, en Allemagne et au Royaume-Uni, avec pour but de réduire le prix unitaire à environ 395 000 $. Les chirurgiens de l’ICL s’attendent à ce que le iKnife soit utilisé de façon régulière «dans quelques années».