L’économie passe avant l’environnement pour les Canadiens
Les Canadiens reportent à plus tard la gestion des problèmes environnementaux et priorisent l’économie avant tout, conclut un sondage effectué par l’Institut Environics en partenariat avec l’UQAM. Le sondage a été réalisé en prévision du 10e Colloque annuel de la Fondation Trudeau, qui aura lieu cette fin de semaine.
Une majorité de répondants (24%) ont affirmé que l’économie est le problème le plus important pour les Canadiens actuellement, en plus des 12% qui placent le taux de chômage comme leur priorité. Toutefois, en se projetant vers l’avenir, c’est l’environnement qui remporte la première place, alors qu’une 20% des répondants estiment que la pollution et les changements climatiques sont «les problèmes les plus sérieux auxquels seront confrontés les Canadiens à l’avenir si on ne fait rien pour le régler».
«Il y a une certitude que les problèmes environnementaux continuent de croître, mais pour l’instant, c’est notre vie de tous les jours qui importe», résume le professeur Yves Prairie, du Département des sciences biologiques de l’UQAM.
Les Canadiens donnent ainsi vaguement l’impression de se fermer les yeux devant le problème imminent, estime le professeur. «Il y a un peu une sagesse inconsciente dans la population. On sait que ça s’en vient, qu’on devra faire quelque chose. Mais ce n’est pas ça qui nous affecte immédiatement», ajoute celui qui fut l’un des chercheurs participant à la recherche.
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L’impuissance que ressent la population face aux enjeux environnementaux est peut-être une raison expliquant ces résultats, poursuit le professeur.
Du côté de la Fondation David Suzuki, le directeur général de la section Québec, Karel Mayrand, ne se dit pas surpris de ces chiffres puisque depuis 2008, la population ressent la précarité économique, selon lui. Il se dit toutefois heureux que la population ait la bonne intention de mettre l’environnement parmi ses priorités à long terme.
«C’est un peu comme quand on se dit qu’on devrait investir pour notre retraite et qu’on ne trouve jamais l’argent pour le faire. Il y aura toujours plus de besoins à court terme, mais si on ne fait pas l’effort de planifier le long terme, il ne nous restera rien», illustre-t-il.
L’environnementaliste estime que la population est écartelée entre besoins à court terme et le besoin d’investir dans le long terme.
Pourtant, il est très clair pour M. Prairie qu’un laisser-aller dans la gestion des grands enjeux environnementaux peut avoir des lourdes conséquences sur l’économie. À titre d’exemple, le professeur rappelle les ravages qu’a créés le typhon Hayan aux Philippines. La reconstruction peut affecter lourdement l’économie.
«D’ailleurs les compagnies d’assurance sont très inquiètes de l’augmentation du nombre d’inondations. Leur façon de se protéger est tout simplement de les éliminer de leurs polices d’assurance», soutient M. Prairie.
Le gouvernement fédéral au début des années 1990 affirmait l’importance de relancer l’économie afin de créer des programmes de protection de l’environnement après coup, rappelle M. Mayrand.
«Mais l’histoire nous démontre que l’économie a doublé depuis ce temps, et la qualité de l’environnement s’est détériorée, notamment quant à la question du climat», déplore-t-il.
Le récent sondage nous révèle également que 51% de la population considère que les problèmes environnementaux n’affectent «pas beaucoup» ou «pas du tout» leur santé, alors qu’elle était de 39% en 2011 et 32% en 2001. À l’inverse, la portion de la population qui croit que ce facteur affecte «assez» ou «beaucoup» la santé a nettement baissé.
Autant M. Prairie que M. Mayrand ne peuvent expliquer ce phénomène.
«Non seulement l’idée que l’environnement affecte notre santé n’est pas très populaire au sein de la population, mais en plus, elle est en déclin. C’est préoccupant», mentionne M. Prairie, rappelant que plusieurs études démontrent pourtant qu’il y a de plus en plus d’enjeux environnementaux qui risquent d’affecter la santé humaine.
Karel Mayrand de la Fondation David Suzuki estime malgré tout que le lien entre santé et environnement est un sujet qui préoccupant pour la population.
«Dès que la Fondation David Suzuki produit quelque chose sur le thème de la santé, nos clics sur notre site interne explosent.», affirme-t-il.
L’un de leurs articles ayant pour sujet les produits cancérigènes dans les produits cosmétiques est encore une des pages les plus visitées sur leur site internet, même après deux ans et demi. Selon lui, les femmes seraient probablement plus intéressées à ce sujet.