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Daniel Holloway - Metro World News

La révolution sexuel­le des années 1960 et 1970 était un phénomène mondial qui a changé la façon dont les femmes et les hommes de partout, qu’ils soient hétérosexuels ou homosexuels, vivent. Cependant, ces chan-gements n’ont pas été bien accueillis par tous. Même si l’héritage du mouvement est principalement positif, certaines personnes s’opposent encore de nos jours aux changements qui se sont produits dans les attitudes à l’égard de la sexualité.

«La révolution sexuelle est probablement l’un des événements historiques les plus importants des trois ou quatre derniers siècles, affirme Julian Bourg, profes­seur agrégé d’histoire au Boston College. Elle tire son origine en partie des développements économi-ques et technologiques (comme la pilule) et d’une série de mouvements sociaux dirigés par des hétérsexuelles et des lesbiennes ainsi que des gais.» D’après M. Bourg, la révolution sexuelle s’inscrivait dans une vaste révolution des sexes qui a entraîné des améliorations notables pour les femmes du point de vue économique, politique et social. «Pour les femmes, il est manifeste que le déclin des tabous culturels réprimant leur plaisir sexuel est l’héritage le plus durable et le plus marquant de la révolution sexuelle, soutient-il. Ce n’est qu’une partie de l’histoire. La liberté humaine était l’enjeu de la révolution sexuelle, qui comportait de nouvelles possibilités, en plus de présenter de nouveaux dilemmes moraux et politiques.»  

La révolution a fait la même chose pour les homosexuels. En vérité, ses effets ont peut-être été encore plus considérables pour eux. Selon Josh Sides, auteur du livre Erotic City : Sexual Revolutions and the Making of Modern San Francisco, les gais et les lesbiennes étaient de farou­ches partisans de la révolution sexuelle. «La révolution sexuelle a été beaucoup plus révolutionnaire pour les homosexuels que pour les hétérosexuels, maintient-il. L’homosexualité était un motif d’expulsion et de licenciement ; elle servait de prétexte au harcèlement et à la violence. C’est encore le cas dans la plupart des pays. La détermination des gais et des lesbiennes à vivre comme ils l’entendaient représentait une dimension cruciale de la révolution en soi.»

M. Sides ajoute que les gais «ont retiré la même chose que les femmes» du mouvement : «une langue grâce à laquelle  ils pouvaient pleinement exprimer leurs désirs sexuels.» Elaine Tyler May, auteure du livre Ameri­ca and the Pill: A History of Promise, Peril and Liberation, affirme que les hommes hétérosexuels en ont aussi retiré une liberté à eux : celle de ne pas toujours se comporter en hommes dominants. «Ils se sont vu offrir la possibilité d’avoir des relations sexuelles plus satisfaisantes et honnêtes avec les femmes, sans porter à eux seuls la charge de les « conquérir »», explique Mme May.

Bien qu’elle ait soufflé un vent de changement mondial, la révolution sexuelle suscite encore des réactions brutales de nos jours, et ce, partout sur la planète. «Le conservatisme sexuel et le néo-traditionalisme combattent, avec un succès limité, les changements déclenchés par la révolution sexuelle, précise M. Bourg. Une forte résistance aux changements sociaux posté­rieurs à la révolution sexuelle s’est installée chez les théologiens et les ecclésiastiques chrétiens en Afrique et en Amérique latine.

Les intégrismes chrétiens et islamiques per­draient au moins une partie de leur vigueur si ce n’étaient de la liberté sexuelle et des relations hommes-femmes non traditionnelles. Dans une certaine mesure, ces phénomènes de ressentiment ont besoin d’un ennemi pour exister.» Même si la révolution en tant que telle est terminée, on n’entrevoit pas la fin de la lutte pour la libération sexuelle.

Enfants de la révolution
Les gens nés après la révo­lution sexuelle tiennent en grande partie la liberté sexuelle pour acquise. D’après Julian Bourg, c’est à la fois une bonne et une mauvaise chose. «Les générations post-révolution sexuelle croient que le monde a toujours été ainsi, spécifie-t-il. Elles la considè­rent comme de l’his­toire ancienne. Au sujet de cette ignorance historico-sexuelle, la bonne nouvelle, c’est que les jeunes nés à compter du début des années 1990 ne se sentent pas très concernés par les nombreux combats conservateurs et pro­gres­sistes qui se poursuivent depuis les années 1970. Peut-être que nous pourrons finale­ment annoncer la fin des années 1960 dans quelques années.» 

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