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Petit matin du rien (à dire)

Ça m’arrive quelques fois par an, je m’installe devant mon ordinateur pour écrire cette chronique et pouf. Rien. Silence radio.

En travers du fatras de dossiers, des piles de livres, des paquets de pistaches vides, des vitamines, le soleil par la fenêtre me nargue : faux cul qui fait croire qu’il pourrait faire moins froid. Les branches nues dandinent leurs tiges au vent glacial de ce petit matin.

Qu’écrire? Hier, j’ai eu une idée qui pourrait résoudre le piège dans lequel je suis engouffré depuis des mois dans ce projet de roman dont la date de livraison commence à approcher et pour lequel je suis loin d’être en avance.

Un plan.

Oui, j’ai un plan. Serré et précis, mais qui jusqu’hier était troué. C’est en écoutant les Doors que l’idée m’est venue : there’s a killer on the road…

Ça l’air simple de même, mais c’est la clé.

Écrire, oui, mais chroniquer, aussi.

Mes chats

Je n’ai pas de chats. J’en aurais que je ne pourrais même pas en parler quand je n’ai rien à dire. Foglia a l’option sur le sujet.

Je pourrais faire comme Laferrière le faisait et parler de ma baignoire ou de mon pyjama, de Borges et de l’odeur ou du goût de la peau des jeunes filles.

Je pourrais aussi, comme Martineau, dire n’importe quoi.

Je pourrais bien sûr parler de Fanfan, mon fanfan à moi. Fanfan qui? Mais Avard, voyons! MON François Avard à moi, mon sujet de fuite favori pendant des années. Sauf qu’il s’est fait si invisible et discret ces dernières années que je ne saurais qu’en dire.

François a été chroniqueur aussi, un temps. Il a arrêté parce qu’il y mettait trop de temps pour ce que ça payait. Il a écrit des romans, et a arrêté pour les mêmes raisons. Dommage. Il était bon dans les deux.

Maintenant, paraît qu’il se montre la bette sur Twitter, derrière son personnage de Tita, des Bougons : @mam_bougon. Il m’y fait rire souvent… mais pas assez pour en faire le sujet d’une chronique.

Je regrette ce temps où j’avais à la fois un chat, une baignoire, un pyjama, un Borges et le goût des jeunes filles, tout ça dans mon ami Fanfan.

Roumain

Pas comme dans Roumanie, non, comme dans Jacques.

J’y reviens toujours à cet homme immense. J’ai une brique énorme qui traîne toujours sur ma table : Œuvres complètes. Il y a des poèmes – ce que j’aimerais écrire des poèmes comme ça –, des lettres, des nouvelles, des romans, dont son sublimissime Gouverneurs de la rosée, des carnets et aussi des chroniques.

Cherchant l’inspiration, comme vous dites, vous qui ne connaissez rien à l’écriture, je tombe sur celle-ci : L’art de la chronique, publiée en 1929.

« Pourquoi ne pourrais-je écrire ma chronique en disant : ‘’La nuit d’hier fut splendide…’’, puis je laisserais un grand espace blanc où vous pourriez dessiner des visages, peindre des étoiles, le cil courbe de la lune et ses larmes de lumière jade, la dentelle de quelque beau cirouellier touffu : vous rêviez!

Pourquoi ne puis-je dire : « il pleut », simplement « il pleut » et vous écouteriez la pluie tissant la tristesse dans les feuilles; vous verriez se balancer, osciller, pendre au vent les feuilles ruisselantes, déchirées et luisantes des bananiers; peut-être vous viendrait une tendresse qui appuierait vos mains à vos tempes, une mélancolie qui ferait sourdre la source du souvenir.

Mais il y a tant de choses à dire qu’on ne dit!

Et la chronique a ses règles qui, si elles ne sont pas figées dans une définition, n’en existent pas moins. Il faut amuser, instruire, se moquer sans trop de méchanceté : un peu d’acide et un peu de sucre.

Tout cela à la fois, et ce n’est pas très facile, surtout ces jours-ci.

Amuser? Où en prendrait-on le cœur?

Tout n’est autour que désolation, misère, faim, crise morale, économique, spirituelle.

Instruire? Il est bien malaisé d’échapper au pédantisme et n’est-il pas plus agréable de s’instruire que d’instruire les autres?

Se moquer? Ah oui, démasquer les ridicules, flageller la mesquinerie, la sottise, railler, rire, sourire, ricaner.

Mais voyez-vous, au fond, on ne se moque jamais que de soi-même. »

Ce que je fais aujourd’hui.

Il fait soleil et froid, les branches ne bougent plus parce qu’il n’y a pas de vent ravageur.

La nuit d’hier fut splendide.

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