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Opression

Si vous avez dans la vingtaine et plus, vous vous rappelez sans doute la fièvre quasi palpable qui habitait notre monde dans l’attente de l’an 2000. Nous étions tour à tour inquiets et débordants d’espérance. Tandis que la peur de la fin du monde nous hallucinait, nous croyions en même temps à l’apparition d’un eldorado fantastique.

 Tous, plus fébriles les uns que les autres, nous sommes passés de la dernière seconde de l’an 1999 à la toute première seconde de l’an 2000 sans que rien de spécial ne survienne, ni au Canada, ni au Québec, ni aux USA, ni en Europe, ni nulle part sur notre terre ou dans l’univers. Doucement nous sommes rentrés dans notre apathie quotidienne. La vie continua de filer doucement comme à l’ordinaire. Rien de spécial ne survenait.

Mais 21 mois plus tard, le 11 septembre 2001 à New York dans le quartier Manhattan c’est l’horrible catastrophe! Les tours jumelles du World Trade Center sont percutées par deux avions et s’effondrent littéralement sous nos yeux rivés au petit écran. En riposte, les USA sous George W. Bush, déclarent, en octobre 2001, la guerre en Afghânistân où, était-on assuré, se cachait Ben Laden et les terroristes d’Al Qaïda auteurs de l’écrasement des tours jumelles. En mars 2003, l’Irak, sous la dictature sanguinaire de Saddam Hussein, se voit aussi ciblé par les USA. Ce dictateur qui avait déjà utilisé des armes chimiques contre ses compatriotes, était soupçonné de posséder des armes de destructions massives. De plus, les USA capturent aussi des centaines de présumés complices qu’ils incarcèrent à Guantanamo. Sidérés à la pensée qu’un terroriste pourrait vivre au Canada et passer incognito la frontière, les USA pour renforcer leur sécurité, en viennent aussi à imposer le passeport canadien pour transiter sur leur territoire. Par la même occasion, dans notre pays, les voyageurs aériens sont dès lors soumis à de stricts contrôles de leur bagage et de leur identité.

Un peu plus de dix ans plus tard, nous parlons encore de ces événements et en vivons maintes conséquences à tous niveaux. L’une d’elle est une crainte sournoise dans la population. À des degrés divers, à l’est comme à l’ouest, nous vivons dans un certain état d’oppression et la peur d’être envahi par l’Autre. Insidieusement, un climat de suspicion se faufile dans les mentalités tant dans les pays du Moyen-Orient qui se sentent opprimés par les pays de l’Ouest et particulièrement par les USA que dans l’Ouest où une vigilance certaine se déploie pour prévenir toute attaque terroriste fomentée par des extrémistes islamistes entre nos murs.

Dans une grande majorité des peuples du Moyen-Orient, cette crainte est si fortement ancrée qu’elle s’assimile souvent à de la haine. De notre côté, nous craignons l’immigration des arabes que nous suspectons d’infiltrer hypocritement leurs intentions islamistes terroristes au sein de notre monde laïc et moderne. L’ordinaire du quotidien, nous convainc davantage de leurs intentions maléfiques quand les divers médias nous présentent le cas de la famille Shafia. Comment admettre qu’un père outragé, voire humilié, puisse froidement tuer ses filles parce qu’elles voulaient simplement vivre et s’habiller à l’occidentale sans tenir compte de principes extrêmes de l’Islam charriés par leur paternel? Pour nous, ce cas de manipulation, de violence et d’abus d’autorité ne représente que la pointe de l’iceberg d’une véritable mentalité terroriste et dominatrice qui tenterait de s’infiltrer secrètement en Occident.

Sous cet angle l’immigration et l’intégration des arabes musulmans deviennent un danger pour nous puisque nous les étiquetons de la mentalité terroriste. Nous nous sentons insidieusement opprimés. Nous les craignons beaucoup. Mais nous pouvons aussi les regarder avec un œil plus fraternel. N’ont-ils pas laissé derrière eux tout un pan de leur vie dans l’espérance d’une vie meilleure? Ce qui nous agace et nous inquiète de leurs habitudes, ne serait-il pas qu’un tout petit trésor qui leur rappelle leur propre identité alors qu’ils vivent loin de leur pays?

Je mets ma confiance dans la sagesse qui habite ces personnes issues de civilisations qui ont marquées depuis des millénaires les avancés de l’Homme sur cette Terre. Ainsi, du fin fond du XVIIIe siècle avant J.C. cette phrase transcrite de l’akkadien me dit que le meilleur est à espérer dans nos relations réciproques. Dans le Code de Hammourabi, roi de Babylone, (l’actuel Irak) est en effet écrit : Pour que le fort n’opprime pas le faible. Avec la communauté arabe, il nous incombe maintenant d’actualiser ici et maintenant cette maxime qui a traversé des millénaires.

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