Les nouveaux rats de bibliothèque
L’idée était novatrice et n’avait franchi les portes d’aucune bibliothèque de Montréal. Benoit Ferland et Cécile Lointier ont tous deux développé le projet « jeux vidéo » pour d’abord rafraîchir l’image des bibliothèques et ensuite créer une habitude de fréquentation de l’établissement chez les jeunes.
« Ils viennent la première fois pour les jeux vidéos et ensuite on les voit revenir pendant la semaine », remarque Jean-François Cusson, bibliothécaire. Il suffit donc de leur montrer que les services existent pour qu’ils découvrent les collections musique, bande dessinée, etc.
Ainsi, les vendredis et samedis, la bibliothèque ferme ses portes à 17 h et les rouvre à 18 h pour laisser entrer la quarantaine de jeunes qui comptent passer la soirée sur l’une des 19 consoles de jeux vidéo disponibles.
Un jeu d’équipe
« Ils viennent ici pour jouer en gang », précise M. Cusson. Isabelle Vigneault-Bouchard, animatrice de ces soirées, est du même avis. « Je leur dis souvent, « si tu viens ici, tu joues en équipe ». »
Ces soirées agissent en tant qu’outil de socialisation. D’ailleurs, les trois maniaques de jeux vidéo qui animent l’activité ont vu plusieurs jeunes sortir de leur coquille au fil des semaines. C’est le cas de Félix, qui est là depuis le début. « Il a tellement progressé, s’exclame Mme Vigneault-Bouchard. Maintenant, il parle avec les autres et il nous donne un coup de main quand c’est le temps de ranger. »
Des relations se créent entre les joueurs, mais aussi avec les membres de l’équipe d’animation, qui sont sur le plancher depuis trois ans. « Une part de leur travail est de faire de l’intervention, note M. Cusson. Lorsque les jeunes ont appris à les connaître, la conversation est beaucoup plus facile. »
Un divertissement intelligent
L’autre part du travail est d’avoir du « fun ». Avec plus de 200 jeux vidéo étalés sur les rayons, cette partie-là aussi est facile. « L’ambiance me rappelle celle qu’on retrouvait dans les arcades dans le temps », avoue Mme Vigneault-Bouchard.
« Un préjugé est souvent rattaché aux jeux vidéo, mais les réticences s’effacent de plus en plus, croit M. Cusson. Les gens se rendent compte que « gamer » c’est beaucoup plus que du divertissement abrutissant.
« Le jeu vidéo implique souvent de la lecture et il travaille aussi la logique et la résolution de problèmes. »
Encore au-devant des autres bibliothèques de l’île, l’établissement du boulevard Rolland envisage d’implanter l’activité de façon régulière à la bibliothèque Charleroi.