Sauver les apparences
Qu’a dit Jean-Guy Chaput, le pdg de la SODEC, en débarquant de l’avion l’autre jour? «J’avais la même maudite chambre que l’autre avant moi». Conclusion : à la Société de développement des entreprises culturelles, ce n’est pas d’hier que les choses sont ainsi faites. Êtes-vous étonnés? Non. Maintenant, cette pratique est-elle unique à la SODEC? Non plus.
Depuis que le milieu de la culture se présente sous le vocable «d’industrie culturelle», le code d’éthique des gens qui en font la promotion a changé. Comme n’importe quel autre secteur du monde des affaires, la culture est une business qui fait tourner le cash. Elle en génère beaucoup – on nous assomme régulièrement avec ses retombées – et elle en dépense dans la même proportion. Les gestionnaires de «l’industrie» voyagent souvent. Et pas dans le genre léger non plus.
Ce n’est pas nouveau de les voir se déplacer en cohortes à Cannes. Quand ce n’est pas pour le Festival du Film, c’est pour le Midem. Et quand ce n’est pas à Cannes, c’est ailleurs.
Habituellement assez loin des paysages hostiles de la Sibérie centrale ou de Winnipeg. En plus, les villes hôtesses de ces rassemblements ont toujours mieux à offrir qu’un Best Western pour le logement. Ça adonne comme ça…
Donc, le cas de Jean-Guy Chaput n’est pas unique. À son niveau, ils sont des centaines à avoir un jour voyagé en classe affaires. Là où Chaput se distingue, c’est par sa flamboyance. À cet égard, il est unique. Il y a longtemps, il était un gérant de Caisse Pop favorable aux projets audacieux qui aura permis à plusieurs artistes d’amorcer de belles aventures. Ceux-ci lui en seront éternellement reconnaissants. Pour d’autres, c’est un «flasheux», au rayonnement parfois aveuglant, susceptible de taper sur les rognons de ceux qui désirent garder un profil bas.
Une fois de temps en temps, quand un gouvernement connaît un mandat difficile, il est bien vu pour lui de sacrifier une brebis du troupeau, histoire de montrer de la transparence et un plein contrôle de la situation. Un individu «visible» comme Chaput devient alors un spécimen parfait pour donner l’exemple.
Pas parce qu’il a agi autrement que ses prédécesseurs. Juste parce qu’il est passé sur la trappe à un bien mauvais moment.