Soutenez

Accueil des réfugiés syriens: la communauté musulmane en retard

Fête d'hiver avec des famille de réfugiés syriens. Photo: Isabelle Bergeron/TC Media

Alors que le gouvernement Trudeau annonce avoir atteint son objectif de 25 000 réfugiés syriens en février, la communauté musulmane d’Ahuntsic constate qu’elle a encore du mal à faire sa part. Les mosquées sont les dernières à s’organiser pour accueillir ces exilés de même confession.

La mosquée Al Rawdah et le centre communautaire attenant se sont transformés en bureaux d’orientations depuis décembre pour les nouveaux arrivants. Un dîner communautaire y est organisé une fois par mois et chaque dimanche, des activités sociales, culturelles et de culte s’y tiennent.

«Nous essayons d’aller vite en offrant toutes sortes d’animations, car nous sommes très en retard», avoue Samer Elniz, directeur de l’organisme cultuel sur le boulevard Laurentien.

Depuis décembre, 21 familles, comptant une centaine de personnes, se sont inscrites chez lui. Avec seulement cinq bénévoles, il a mis sur pied un comité chapeauté par l’Association des musulmans du Canada pour recueillir des dons et orienter les réfugiés. «Nous avons commencé aussi les parrainages, chose que nous ne faisions pas avant», précise Mehdi Jouhri, responsable de ce comité.

Démarches
Ils veulent aussi s’entendre avec les ministères de l’Immigration fédéral et provincial, pour être reconnu comme organisme de parrainage collectif. Des démarches nouvelles pour eux dont les délais peuvent atteindre jusqu’à deux ans.

«Contrairement à d’autres communautés actives depuis 2013 ou 2014, nous n’avons été sollicités qu’une fois que le gouvernement libéral a mis en place son programme d’accueil de réfugiés», observe-t-il.

M. Jouhri a contacté lui-même les différentes instances importantes qui accueillent des réfugiés, comme la Table de Concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, pour dire que sa mosquée est prête. «Nous avons montré ce que nous pouvons faire, en plus de demander ce que les gens attendent de nous», dit-il.

Bouche-à-oreille
C’est surtout par le bouche-à-oreille que le centre communautaire Laurentien s’est fait connaître. Beaucoup de réfugiés ont appris par hasard l’existence de cette ressource. «C’est en allant prier dans une mosquée à Brossard que j’ai appris l’existence du centre et de ce qu’il fait, explique Kheireddine Chikhou, originaire de Homs, en Syrie. C’est devenu mon point de repère.»

Plusieurs réfugiés se sont rencontrés le 28 février, lors de la fête d’hiver au parc de Mésy, à Cartierville. La petite famille de Ayman Ezzabadi a résisté tant bien que mal à la température polaire pour profiter au maximum des activités.

«Nous sommes arrivés il y a quatre mois. J’ai commencé les cours de français il y a trois jours, indique le père de famille. À la mosquée, on nous a expliqué qu’apprendre la langue est essentiel pour trouver du travail.» Pour faire passer le message, ils ont fait appel à Abdelhadi Kaouayeh, immigré syrien depuis près de 20 ans, venu spécialement d’Ottawa.

«L’aide sociale, c’est un comprimé pour la paresse», a-t-il dit lors d’une conférence improvisée. Pour lui, il est impératif qu’ils comprennent que leur statut de réfugié n’est en aucune manière un obstacle à une vie pleine et heureuse.

En attendant, M. Jouhri poursuit son action sur le terrain. «Ces réfugiés ont besoin de vêtement et de nourriture, mais aussi de comprendre les codes de la société», note-t-il. Ils deviennent ainsi une ressource supplémentaire pour aider les Syriens musulmans.

Articles récents du même sujet

Mon
Métro

Découvrez nos infolettres !

Le meilleur moyen de rester brancher sur les nouvelles de Montréal et votre quartier.