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12:55 23 avril 2021 | mise à jour le: 23 avril 2021 à 16:10 temps de lecture: 4 minutes

Pourquoi les gens font-ils la fête en pleine pandémie?

Pourquoi les gens font-ils la fête en pleine pandémie?
Photo: Gayatri Malhotra/UnsplashSelon les experts, les gens cherchent une évasion en raison de la «fatigue pandémique».

Au-delà du manque de bon sens, de nombreux facteurs expliquent que des gens sortent s’amuser en plein milieu d’une crise sanitaire mondiale. Métro explore le phénomène et les enjeux qu’il soulève.

Plus d’un an après le début de la pandémie, le Brésil reste le deuxième pays avec le plus grand nombre de décès liés à la COVID-19. Malgré la situation catastrophique, de nombreux brésiliens ont décidé de sortir et de s’amuser.

L’une de ces personnes était Ygona Moura, une influenceuse décédée après avoir contracté un variant du coronavirus à l’âge de 22 ans. Un tel comportement a été observé dans plusieurs pays: des fêtes clandestines ont été démantelées par les autorités et continuent à avoir lieu malgré les restrictions les plus sévères.

«C’est dû à l’épuisement et à plusieurs facteurs sociaux, individuels et familiaux. En plus, avec le manque d’opportunités d’emploi et le déclin économique… Il y a une grande partie de la population qui, à cause des fausses nouvelles, ne croit pas que la pandémie existe et qu’elle est grave», explique Jeffrey González, spécialiste des dépendances et de la double pathologie à l’hôpital Universitari Vall d’Hébron, basé à Barcelone, en Espagne.

«Les jeunes sont ceux qui prennent le plus de risques et sont les plus aventureux. Dans de nombreux pays, la culture de la fête persiste et elle ne peut être supprimée du jour au lendemain», ajoute-t-il.

Frustration

Pour beaucoup de jeunes, les sentiment de lassitude et d’épuisement s’accompagnent aussi d’une grande frustration.

«Il y a un sentiment d’injustice chez de nombreux jeunes, qui estiment que la pandémie leur a enlevé la possibilité de profiter de leur vie. Ils mettent donc leur santé en danger en pensant qu’ils doivent profiter malgré tout», précise déclare Francisco Díaz Amezcua, directeur de Díaz & Sandoval Psicología, basé à Mexico.

De nombreuses personnes se considèrent également invulnérables, malgré le fait que la maladie a déjà touché certaines de leurs connaissances, proches ou éloignées.

«Il y a un sentiment d’injustice chez de nombreux jeunes, qui estiment que la pandémie leur a enlevé la possibilité de profiter de leur vie.» – Francisco Díaz Amezcua, directeur de Díaz & Sandoval Psicología

«Ça ne m’arrivera pas»

«Ce n’est pas que les gens sont naïfs, ils savent que s’ils sortent, il y a un risque. Mais, nous pensons qu’il y a des endroits où nous pouvons être infectés, et pas dans d’autres. Alors que dans tout scénario où il y a une interaction avec un être humain, il y a une possibilité de tomber malade», déclare Andres Gamba, psychologue et professeur à l’Université Areandina.

Le psychologue Francisco Amezcua soutient ce même point de vue : «Les gens disent toujours qu’ils prendront des précautions, mais avec quelques verres de plus, ils ne s’en préoccupent plus.»

Les experts soulignent aussi qu’une autre partie de la population a des pensées catastrophistes: ceux-ci croient qu’il n’y a pas d’avenir, et ils veulent juste s’amuser. Dans d’autres cas, des gens cherchent à échapper à de la violence, ou à une situation difficile en faisant la fête.

Fatigue pandémique

Les gens cherchent une évasion en raison d’un état observé depuis plus d’un an, désigné par l’OMS comme une «fatigue pandémique». Cet état se caractérise par un mélange de frustration et de désespoir.

Le manque d’informations claires de la part des médias et des gouvernements augmente aussi cette fatigue. Pour cette raison, les experts recommandent de ne pas rechercher des évasions, mais plutôt des méthodes de résistance: avoir une bonne hygiène de sommeil, faire de l’exercice pour libérer de la dopamine et de la sérotonine, bien manger, filtrer les informations et demander l’aide d’un professionnel.

«Ce n’est pas un sprint, mais une course d’endurance», conclut M. Gamba. «La fatigue pandémique continuera d’augmenter, mais au moins, nous aurons des outils pour la combattre.»

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