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CHSLD: une controverse qui découle d’un papier et d’un crayon

coroner Joyce Echaquan
Photo: Josie Desmarais/Métro

Dans les derniers jours, l’existence des fameux rapports d’évaluation complétés lors des visites de vigies dans les CHSLD au printemps 2020 a créé toute une controverse. Or, il semble que l’affaire découle d’une interdiction d’entrer à l’intérieur dans certains milieux de vie avec un papier et un crayon.

Pour faire la genèse de cette controverse, il faut revenir au premier témoignage de Natalie Rosebush le 16 novembre. À ce moment, la sous-ministre affirme d’abord que les rapports des visites de vigies n’étaient transmis aux responsables des CHSLD et RPA que «verbalement». 

Il était impossible, selon elle, de transmettre les grilles d’évaluation des visites de ses inspecteurs à la coroner. Elle admettra plus tard ne pas avoir eu connaissance de l’existence des «mises à jours des grilles».

Le vendredi suivant, en réaction à l’affirmation de Mme Rosebush, le Parti libéral du Québec accuse alors le gouvernement d’avoir détruit des documents. La CAQ dément ces allégations.

Le 23 novembre, une semaine après le témoignage de Mme Rosebush devant la coroner, Radio-Canada révèle, selon deux sources, que les rapports étaient préservés, informatisés, et même transmis aux inspecteurs avant une nouvelle visite. Le ministère admet finalement l’existence de bases de données et de «copies de secours» des grilles.

Le même jour, les partis de l’opposition à Québec accusent les différents acteurs du gouvernement venus témoigner sous serment d’avoir menti. 

Le gouvernement du Québec se défend de cacher quoi que ce soit et assure qu’il transmettra toutes les données à la coroner comme elle le demande. 

Lundi dernier, la coroner a affirmé avoir reçu une «grille vierge» et un «fichier Excel» dans lequel sont compilées les données d’inspection pour l’ensemble des CHSLD visés par l’enquête. 

Une quarantaine de «copies de sauvegarde» de chaque visite ont aussi été transmises «par souci de transparence», a-t-on appris mercredi. 

Pour un papier et un crayon

Toute cette controverse découlerait, semble-t-il, du fait que les inspecteurs ne pouvaient entrer dans certains CHSLD avec un papier et un crayon. Dans certains établissements, il était interdit de faire entrer des objets pour éviter les contaminations, a affirmé la sous-ministre adjointe des aînés et des proches aidants, Natalie Rosebush, lors de son deuxième témoignage devant la coroner mercredi.

«Une collègue me racontait [qu’elle ne pouvait] même pas [amener] des clés d’auto, alors il y avait une grande préoccupation de ne pas contaminer», a-t-elle renchéri.

Il faut rappeler qu’à l’époque, en avril 2020, on ne savait pas que la COVID-19 se transmettait principalement par voie aérienne. L’essentiel des mesures sanitaires visait à prévenir les infections par le biais de surfaces contaminées.

Les rapports ne pouvaient donc pas être remplis sur place. L’inspecteur «pouvait ensuite retourner dans sa voiture et prendre quelques notes manuelles pour ensuite consigner ses observations dans l’outil commun informatique».

Des informations possiblement perdues?

La grille d’évaluation papier, dont la coroner a obtenu une copie vierge, servait uniquement d’aide-mémoire, a expliqué la témoin. «La consigne, c’était vraiment de compiler l’information dans l’outil informatique commun», a-t-elle déclaré.

«Est-ce qu’il se peut qu’il y ait de l’information qui étaient sur cette grille-là papier qui n’a pas été retransposée sur le fichier Excel?», lui a alors demandé la coroner, Me Géhane Kamel.

Si l’employé notait manuellement ses observations, il se peut que certains aspects ne soient pas conformes à l’outil commun, a répondu la témoin. «La consigne n’était pas de remplir les grilles papier, a-t-elle ajouté. La consigne était vraiment de consigner les informations observées en fonction des questions dans l’outil informatique.»

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