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Démanteler nos électroniques, pièce par pièce

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L'exposition «Dismantling Your Électroniques» réalisée par Lou Fozin est ouverte au public jusqu'au 16 octobre 2022 à la maison-Pierre-Chartrand, à Rivière-des-Prairies. Photo: Gracieuseté Stéphanie Lagueux, 2022

Jusqu’au 16 octobre, une exposition d’art numérique explorant le monde des appareils électroniques et invitant à réfléchir aux conditions de leur production est présentée à la maison Pierre-Chartrand dans Rivière-des-Prairies.

L’exposition «Dismantling Your Électroniques» a été mise sur pied en 2019 par Lou Fozin, membre du Centre d’artistes féministe bilingue Ada X. En entrevue avec «Métro», l’artiste présente le sujet de son exposition bilingue et ce qui se cache derrière nos appareils électroniques.

Lou Fozin posant devant la Rivière des Prairies, en face de la maison Pierre-Chartrand. Photo: Gracieuseté Lou Fozin

«Le sujet général de l’exposition est d’explorer les multiples aspects de l’univers numérique, de la production des appareils électroniques avec l’extraction des minéraux à la transformation de ces minéraux dans les usines, et aussi d’explorer le marketing et la vente de produits électroniques, tout ça en évitant de critiquer et de suggérer des choses aux gens», explique Lou Fozin.

Désassembler les appareils électroniques

L’exposition est divisée en trois segments comportant chacun diverses stations traitant des appareils électroniques de manière différente. Un des segments propose l’exploration des différentes composantes de nos cellulaires grâce à la réalité augmentée.

À l’aide de son cellulaire, la personne vise l’écran, à la manière d’un code QR, et elle peut alors voir émerger de la bauxite, de la cassitérite et du cuivre à l’état brut. Ces trois minéraux sont utilisés pour la fabrication et le fonctionnement des appareils électroniques.

«Je voulais créer des liens avec les objets du quotidien des citoyens moyens. Lorsqu’il ou elle regarde l’écran en réalité augmentée, des feuilles d’aluminium, des cannes de tomates et des sous noirs apparaissent pour que les gens comprennent quels minéraux sont contenus dans nos appareils en fonction de ces objets», souligne l’artiste.

Sur un autre écran, et toujours à l’aide du cellulaire du visiteur, apparaît une vidéo de mineurs congolais qui exploitent certains minéraux. Celle-ci est suivie d’une publicité d’un cellulaire dernier cri symbolisant les dernières avancées technologiques. Cette juxtaposition de vidéos entraîne la personne à se questionner sur la réelle modernité des appareils électroniques puisque le travail, habituellement caché, des mineurs qui utilisent des outils archaïques comme des pelles et des tamis est nécessaire pour les produire.

Qui plus est, Lou Fozin a appris à coder pour réaliser son œuvre et la rendre interactive. L’artiste précise que le code est une composante importante des appareils électroniques puisque les séries de commandes nécessaires à leur utilisation doivent être comprises comme une facette à part entière, au même titre que les minéraux.

Dépendance à nos appareils

Au-delà des minéraux contenus dans nos cellulaires et l’origine de ces derniers, Lou Fozin souhaite que son exposition aide la population à comprendre les réalités entourant l’accessibilité quasi naturelle aux appareils électroniques.

L’artiste soutient que nous sommes dépendants de nos appareils électroniques, affirmant à la blague qu’il en faut un pour apprécier son œuvre. Bien que des compagnies comme Fairphone vendant des cellulaires équitables existent, l’accès à des appareils électroniques de ce genre est difficile à cause des coûts importants et du peu de conscience collective à l’égard de cet enjeu.

Je ne pourrais pas travailler sans appareil électronique non plus, puisque je fais de l’art numérique. On est toutes et tous sous le parapluie du projet colonial, donc, c’est difficile de consommer équitablement, surtout des appareils électroniques. Tout ce que je peux faire en tant qu’artiste est faire comprendre et ouvrir l’esprit des gens.

Lou Fozin, artiste numérique

Se sensibiliser en réimaginant les outils électroniques

Un autre volet de l’exposition est une station où se trouve de la documentation sur le processus créatif de Lou Fozin ainsi que des œuvres créées lors d’un atelier animé par l’artiste.

«Durant l’atelier, chaque personne recevait une carte d’un pays différent et un nombre de billes défini. Chacune des billes représentait un minéral différent et leur nombre restreint a été pensé pour mettre en place un esprit de ressources limitées comme dans la réalité», explique Lou Fozin.

Station où se trouvent plusieurs gadgets électroniques réimaginés lors d’un atelier animé par Lou Fozin. Photo: Gracieuseté Stéphanie Lagueux, Ada-X, 2022.

Après l’exercice créatif, un échange était planifié pour que les gens puissent comprendre comment chacun des minéraux est utilisé pour faire fonctionner nos appareils, illustrant du même coup l’interdépendance des ressources et le processus complexe pour qu’on arrive à avoir un cellulaire dans nos mains.

Lou Fozin a d’ailleurs mis en place un atelier d’art numérique de cinq semaines en collaboration avec la Maison des jeunes de Rivière-des-Prairies, afin de poursuivre cette œuvre de conscientisation en incitant les jeunes à réimaginer les appareils électroniques et à en créer de nouveaux.

«Un des buts principaux de cet atelier est d’étendre notre conception de pourquoi on crée des appareils électroniques. Les téléphones peuvent servir à beaucoup plus qu’aller sur les médias sociaux ou pour consommer des produits», soutient l’artiste numérique.


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