Les corrompus
Afin de ne pas me faire crier et même hurler des noms épouvantables à faire pleurer les enfants, disons que ce n’est pas moi qui prétends que les politiciens sont corrompus à l’os par les affairistes, mais bien la population. Selon un sondage Angus Reid-La Presse (20 novembre 2010), 75 % des répondants ont soutenu que les élus étaient achetés ou vendus, selon le point de vue. Les gens affirmaient la même chose en 2006 : «Les Canadiens pensent que le gouvernement est corrompu» (La Presse, 6 décembre 2006). Et aussi en 2002 : «Le monde politique est corrompu, selon les deux tiers des Canadiens» (Journal de Montréal, 22 avril 2002). Bonne nouvelle, car selon un sondage QMI, il y a encore espoir que vous réussissiez dans la vie. Toutefois, pour progresser au pays, «il faut travailler fort… et être corrompu» (Journal de Montréal, 15 juin 2010). J’ajouterais même qu’il faut être plus corrompu que travaillant. Cette dernière assertion est facile à vérifier empiriquement.
À vrai dire, il est plus important d’avoir de bonnes connections au gouvernement que de travailler fort, en plus évidemment d’être corrompu, comme les ex-politiciens et les arrivistes à qui leurs élus affranchis leurs ont cédé gratos nos ressources naturelles (gaz, mines, pétrole, éolien, petits barrages) et nos services publics (santé, éducation, garderies, etc.) qui de droit vous appartiennent. Bon, vous voulez d’autres preuves de corruption qui se fait au vu et au su de tous : il y a Transparency International qui a souligné que «le Canada reste médiocre dans la lutte contre la corruption» (Le Devoir, 25 mai 2011) et même l’OCDE qui a dit : «Lutte contre la corruption : l’OCDE déplore la mollesse du Canada. Une seule entreprise a été poursuivie et condamnée depuis 1987» (Le Devoir, 29 mars 2011). Et dire que nos élus corrompus donnent des leçons de liberté et de démocratie à d’autres pays.
Bravo aux «indignés» européens qui ont protesté par plusieurs milliers en mai dernier à Paris, à Athènes et à Madrid contre la corruption et les excès du capitalisme (Le Devoir, 30 mai 2011). Ils s’en prennent à la corruption, aux politiciens et aux opportunistes du privé et non aux syndicats, aux baby-boomers, aux immigrés, aux fonctionnaires, comme se plaisent à les attaquer par démagogie et par électoralisme, les adéquistes, les libéraux, le patronat et leurs majorettes, qui savent bien qu’il ne faut pas mordre la main de celui qui vous nourrit.
Les ex-libéraux comme Philippe Couillard, qui se cherchait un emploi dans le privé à 1 M$ l’an alors qu’il était encore ministre de la Santé ; Pierre Corbeil qui est devenu conseiller d’une minière, trois mois seulement après la fin de son mandat ; Raymond Savoie, ex-ministre des ressources naturelles qui quitte la politique avec des permis d’exploration de gaz et pétrole en poche et qui fonde sa binerie Gastem ; Russell Williams qui, en plein mandat, démissionne et devient lobbyiste pour l’industrie pharmaceutique d’origine, très choyée au Québec, et l’ancien ministre André Bourdeau qui se converti à l’éolien et devient administrateur de SkyPower.
Il y beaucoup d’autres cas de relations incestueuses qui se font aux frais et aux dépens de la population, comme le ministre fédéral conservateur qui a quitté ses fonctions politiques pour accepter un poste très lucratif de vice-président à la Banque TD. Un autre ex-politicien devenu un faire-valoir des grosses puissantes compagnies. Des parvenus qui deviennent ainsi très riches et dont il ne faut pas être jaloux, même s’il se sont souvent accaparés nos instruments collectifs et notre bien commun. Le 25 avril 2002, Denis Lessard de La Presse a intitulé son article ainsi : «Sentant venir la victoire, les lobbystes libéraux se préparent.» Effectivement, on peut dire qu’ils ont opéré en masse, comme le laisse voir le titre de ces deux articles parus dans Le Devoir : «55 lobbyistes pour vanter le gaz de schiste» sous la supervision du lucide Lucien Bouchard embauché et rémunéré par l’albertaine Talisman et encore mieux : «Climat : 1570 lobbyistes à l’assaut du fédéral». Je suppose que ce sont des lobbyistes responsables socialement qui veulent travailler pour le bien commun. 1570 lobbyistes, c’est tout de même mieux que 1600! Soyons positifs! Il n’y a pas de petites magouilles pour Charest, comme le souligne cet article : «Le bureau de Jean Charest tente d’influencer un sondage de Cyberpresse» (La Presse, 28 mai 2011).
Petit homme, va!