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Jeunes et influenceurs du vote dans leur communauté

Une jeune femme sourit entourée d'autres jeunes issus de la diversité.
Photo: iStock

Des jeunes issus des communautés culturelles qui participent à la vie politique peuvent exercer une influence positive sur leurs parents, qui peuvent parfois être désengagés politiquement ou réticents à faire valoir leur voix aux élections. Plusieurs jeunes décident de s’impliquer en politique pour pouvoir participer activement aux décisions qui concernent les enjeux de la société québécoise.

D’après l’analyse concernant l’éducation à la démocratie publiée dans l’ouvrage L’État du Québec 2019 de l’Institut du Nouveau Monde (INM), les enfants qui sont exposés tôt à un apprentissage démocratique stimulant ont beaucoup plus de chances de devenir des adultes engagés et auraient le pouvoir d’amener davantage leurs parents à accomplir leur devoir civique.

«On entend souvent dire dans les médias qu’il y a une perte d‘intérêt des jeunes envers la politique, et c’est vrai, mais on constate sur le terrain qu’ils ont l’appétit pour parler des enjeux de société, de politique et d’actualité, ainsi qu’un intérêt profond à s’engager», dit Jennifer Teasdale-Raymond, conseillère principale et coordonnatrice, éducation à la citoyenneté, à l’INM.

Inciter ses parents à voter

«C’est important d’utiliser ton vote et de poser des actions qui mènent au changement, sinon quelqu’un d’autre choisira pour toi», lance Ashley Lopez, 19 ans, étudiante en gestion de commerces au collège Ahuntsic, qui participe aujourd’hui à ses premières élections provinciales.

C’est en exerçant son droit de vote pour la première fois aux élections fédérales l’an dernier que la jeune femme d’origine nicaraguayenne et dominicaine a incité ses parents, immigrants établis au Québec depuis plusieurs décennies, à voter pour la première fois.

J’ai commencé à parler à mes parents de politique lorsque j’ai commencé à la comprendre à l’école plus jeune, mais ils n’avaient jamais voté avant que j’aie 18 ans.

Ashley Lopez

Ashley admet que l’école a joué un rôle important dans son éducation à la vie démocratique. «Plus jeune, j’ai participé aux simulations de vote, mais ce qui m’a marquée le plus, c’est la comparaison que mon professeur de philosophie au cégep a faite cette session entre la matière du cours et ce qui se passe en ce moment», exprime-t-elle.

Barrière de langue

Selon Axel Reyna, étudiant en technologie de l’architecture au cégep de Saint-Laurent qui est arrivé du Mexique à l’âge de quatre ans, ses parents s’investissent peu en politique notamment en raison d’une barrière de langue.

Ils ne comprennent pas forcément les plans politiques ni les débats, donc ils en sont moins intéressés. Ma mère va voter, mais elle ne sait pas encore pour qui, alors ce n’est pas elle qui m’influence, c’est moi qui exerce une influence sur elle.

Axel Reyna

«Les immigrants de la première génération ont d’autres préoccupations lorsqu’ils arrivent, ce qui se répercute sur les jeunes, qui connectent avec la vie politique et la démocratie plutôt à travers des initiatives d’éducation dans les écoles. Cela se transmet par la suite à la maison, ce qui permet aux parents de renouer avec cet aspect de la société», explique Mme Teasdale-Raymond, qui considère que l’appareil public doit déployer davantage d’efforts pour rejoindre les jeunes.

Il faut créer des opportunités, ouvrir des portes et des espaces pour les jeunes, c’est un travail collectif. S’ils ne se sentent pas représentés dans l’appareil politique, les médias ou les enjeux sociétaux, c’est plus difficile de leur parler.

Jennifer Teasdale-Raymond

L’Institut du Nouveau Monde a mis en place La Démarche jeunesse sur le vivre ensemble 2019-2022 afin de mettre en contact des jeunes avec des experts et des expertes, ainsi qu’avec des modèles inspirants issus notamment des minorités ethnoculturelles et racisées, dans le but de stimuler la réflexion des jeunes dans divers domaines, incluant l’éducation à la citoyenneté.

Un combat quotidien

Pascale Moko Foko, 19 ans, tente d’influencer sa famille pour que celle-ci aille voter. Mais pour l’étudiante en histoire, civilisation et langues au cégep du Vieux Montréal, «c’est un combat de tous les jours».

«Certains membres de ma famille ont des idées politiques qui me ressemblent, d’autres moins. Mais je ne peux pas me fier à mes parents, mes frères ou mes sœurs pour ce qui est du choix de vote, parce qu’ils n’ont jamais voté», soutient la jeune Belge d’origine camerounaise, qui vote pour la première fois au palier provincial.

Se forger une opinion

«Quand j’étais plus jeune, je me disais que ça ne servait à rien de voter, car, de toute façon, l’idée de la majorité au Québec était faite», lance Catalina Paraschiv, arrivée dans la Belle Province à l’âge de six ans, avec sa famille. Aujourd’hui, elle tient à participer à l’élection du gouvernement qui priorisera les enjeux qui la préoccupent.

Si mon vote peut faire changer la balance, c’est important de l’exercer.

Catalina Paraschiv

L’étudiante en commercialisation de la mode au collège LaSalle affirme que son allégeance politique n’est pas influencée par celle de ses parents ou de ses beaux-parents.

«Nous avons voté pour des partis différents aux dernières élections fédérales, je me suis fait ma propre opinion», dit fièrement la jeune femme d’origine roumaine âgée de 19 ans, qui croit toutefois que son opinion pourrait influencer celle de sa sœur de 18 ans, qui votera pour la toute première fois aux élections provinciales.

Oser se lancer

L’intérêt des jeunes pour la vie démocratique se reflète dans leur taux de représentation parmi les candidats aux élections. Au total, 123 candidats ont entre 18 et 29 ans, ce qui représente 14% du total des candidatures dans la province.

Si tu veux participer au changement, tu dois t’y impliquer.

Elizabeth Stavrakakis, candidate pour le Parti libéral du Québec dans Les Plaines

Elizabeth a atteint la majorité à la mi-septembre, ce qui fait d’elle la plus jeune candidate de la province.

Selon l’étudiante du collège Vanier, s’être impliquée activement auprès de son syndicat étudiant pour défendre les droits et les intérêts de plus de 7000 étudiants lui a permis de bâtir les assises de son implication en politique. «C’était une très belle expérience qui m’a permis de découvrir ce que je suis capable de faire.»

Elizabeth dit avoir également été inspirée par les jeunes participants au 40e Congrès-Jeunes de son parti plus tôt cette année. «C’était formidable pour moi de voir des jeunes de 16 et 17 ans aussi investis. Constater que le parti leur donne une voix m’a motivée à m’y impliquer davantage.»

Être présent

Yastene Adda, jeune candidat du Parti québécois dans Anjou–Louis-Riel, a eu comme exemple l’engagement politique de son père en Algérie et son implication dans diverses associations au Québec.

Il nous confie avoir également été marqué par deux figures politiques du Bloc québécois et du Parti québécois lors de son début en politique. «Ils m’ont appris à parler aux gens, à être proche des citoyens et à toujours militer pour mes convictions.»

L’étudiant en justice et société au collège de Maisonneuve âgé de 19 ans s’est ainsi impliqué au sein d’une association contre la violence faite aux femmes dès l’âge de 16 ans et auprès de son syndicat étudiant avant de lancer sa candidature aux élections provinciales.

J’aimerais faire comprendre aux jeunes qui ne savent pas comment s’impliquer que juste le fait d’être présent, que ce soit dans une manifestation, en politique ou dans la société civile, c’est quelque chose d’extraordinaire.

Yastene Adda

Ce texte a été produit dans le cadre de L’Initiative de journalisme local.

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