Pont Champlain: un concours, oui, mais…
Lancer un concours d’architecture pour concevoir un pont ne s’est jamais fait au Québec. Certains croient qu’il faudrait saisir l’occasion que le futur pont Champlain nous offre pour changer cette tendance. «Tu ne peux pas faire un concours sur tout, mais pour un pont comme Champlain, ça vaudrait la peine», avance Jean-Pierre Dumont, directeur général de l’Ordre des architectes du Québec (OAQ).
Contrairement à plusieurs pays européens, au Québec, ce sont plutôt les ingénieurs qui conçoivent ces gigantesques structures. «C’est une question de culture. Au Québec, on ne donne pas la même place à l’esthétisme qu’en Europe, confie M. Dumont. Un pont, oui, c’est un ouvrage d’architecture, mais c’est un ouvrage de génie d’abord et avant tout.»
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Les concours internationaux présentent plusieurs avantages. Selon M. Dumont, ça assure, entre autres, une transparence du processus. «Ça permet de choisir les personnes sur la base de leurs idées plutôt que sur d’autres considérations. À l’heure de la commission Charbonneau, choisir les professionnels sur la base d’un concours où il y a de la transparence, un jury et une équité entre les candidats, c’est quelque chose qui pourrait être très très bon.»
Les concours permettent aussi d’innover et de recevoir une multitude de propositions. «Plus il y a de finalistes, plus on améliore ses chances d’avoir le meilleur des projets. Il faut voir ça dans un contexte de pérennité. On veut traverser quelques siècles avec un pont! Si on veut la meilleure proposition, il faut un concours», affirme-t-il.
Le principal inconvénient d’un concours: le coût. Un concours d’architecture ouvert se déroule en deux étapes. La première est la présentation d’une idée. À la suite de cette première sélection, on retient quelques finalistes. Ces finalistes développent leurs projets sous forme d’esquisse et reçoivent une rémunération qui tourne autour de 15 % du projet, selon M. Dumont. Finalement, le grand gagnant reçoit la grosse part du gâteau. «Plus il y a de finalistes, plus on a de bons projets, mais plus ça coûte cher», conclut-il.
Un concours d’architecture laisse en plan le travail essentiel des ingénieurs. Alors, pourquoi ne pas travailler ensemble? «Des ingénieurs qui travailleraient de concert avec des architectes permettraient d’avoir de plus beaux ponts», conclut M. Dumont.