Le Plan de transport kossa donne?
On reproche souvent au maire Tremblay de présenter des plans très ambitieux sur le papier (gestion des déchets, transport, développement durable…) mais qui peinent à se concrétiser.
Voyons un peu si c’est le cas en matière de transport, dont le bilan 2010 vient d’être déposé. C’est le troisième bilan depuis l’entrée en vigueur du Plan de transport en 2008.
Les bons coups
- En transport en commun: Le record d’achalandage de 1949 a été battu à la STM qui a notamment offert 4,8% plus d’heures de service dans ses autobus à la flotte rajeunie (400 nouveaux autobus dont 98 articulés). Entente finalement signée pour 342 nouvelles voitures de métro, avec une option pour 126 additionnelles. Où en est le concours lancé pour le choix du nom des nouveaux wagon: à Métro, on suggère Le Labrecque!
- Transport actif: +30% de déplacements en vélo en 2010 et pourtant le nombre de blessés graves n’a été «que» de 11 et le nombre de décès est resté stable. Les pistes cyclables Berri et De Maisonneuve sont les plus achalandées en Amérique du Nord avec la circulation de 7000 vélos par jour. Le BIXI connaît un succès fulgurant.
- Sécurité des rues: Ce ne sont pas des mesures forcément spectaculaires, mais les 100 nouveaux feux à décompte numérique sont vraiment bien appréciés. La Ville a aussi installé 100 nouveaux contrôleurs de feu de circulation. À partir de 2014, ils seront particulièrement utiles quand on voudra notamment faire passer le feu au vert à l’approche d’un autobus.
Les coups plutôt moyens
- Il n’y a eu que 25 km de nouvelles pistes cyclables, soit beaucoup moins que les 55 km prévus pour 2010. Il faudra cravacher pour atteindre l’objectif des 400 nouveaux km de pistes en moins de sept ans.
- Parce que le projet de rénovation de la rue Notre-Dame en boulevard urbain (une façon édulcorée de parler d’autoroute light) est sur la glace, on semble avoir trouvé une solution partielle pour rejoindre l’A-25 en faisant passer les camions par le port. Pas fou et aussi plus économique, comme façon de désengorger l’artère!
- Plusieurs gros projets n’avancent pas aussi rapidement qu’annoncés au départ: il s’agit de la construction du train de l’Est vers Repentigny et de la ligne d’autobus rapide en site propre sur le boulevard Pie-IX. Dans ce contexte, le prolongement de trois lignes de métro et l’arrivée du tramway au centre-ville nous apparaissent hautement hypothétiques, même si le bilan du Plan de transport note des avancées dans ces dossiers. Les études c’est bien beau mais parfois ça s’éternise, parlez-en au projet de navette de train vers l’aéroport… plus de 30 études et toujours pas grand-chose de concret.
* Petit apparté sur ce dossier. Cela vaut-il vraiment le coup de dépenser 600 M$ pour gagner 20 minutes, alors que la ligne 747 de la STM remplit tout à fait sa mission? Le projet d’Aérotrain aurait un certain intérêt s’il desservait la banlieue ouest, mais ce n’est pas l’option choisie…
Les mauvais coups
- Rénovation de l’échangeur Turcot. Faut-il vraiment entrer dans les détails.
- L’idée de rendre accessible trois nouvelles stations de métro par année aux fauteuils roulants a été considérablement revue à la baisse pour des raisons de coûts.
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Les dépenses totales en transport ont atteint 568 M$ en 2010, une baisse de 16% par rapport à 2009. La part de la Ville a représenté 69 M$, soit 35 M$ de moins qu’en 2009, notamment à cause du processus de révision des contrats afin de limiter la corruption qui a ralenti le processus.
Mais malgré cette situation exceptionnelle, les montants investis par la Ville sont nettement insuffisants. Pour réaliser comme prévu en 20 ans les 21 chantiers que compte le Plan de transport, la Ville devrait investir 240 M$ par an!
- Cela nous amène au chantier #20, celui de la gouvernance. Si Montréal et les banlieues arrivaient à s’entendre sur la création de péages régionaux, on arriverait à réaliser de bien plus gros investissements. Mais nos maires ont soit trop peur de déplaire (les élections, c’est dans deux ans), soit, pour la plupart, encore une mentalité de «conducteurs de chars»… alors le dossier n’avance pas. On se moque souvent de Montréal en disant qu’elle est ingérable, mais au niveau de la communauté métropolitaine, ça semble bien pire!
Pas encore de nouvelles de…
- L’implantation de la première véloroute de Montréal, du nord au sud, sur une vielle ligne de chemin de fer qui deviendrait pour l’occasion un parc linéaire.
- Projet-pilote d’utilisation des voies réservées pour autobus par les cyclistes.
- «Montréal entend assurer la permanence et le développement des navettes fluviales», indiquait le Plan de transport en 2008 (rires!).
- Réserver 10% des places de stationnement pour le covoiturage
En 2012, le Plan de transport doit faire l’objet d’une révision. On verra ce qu’il advient de ces mesures…
En conclusion, on donne la note de passage de 60% au maire Tremblay, car même si les gros chantiers n’avancent pas beaucoup, cela est surtout dû à des contraintes extérieures à sa bonne volonté.