Montréal
16:18 20 mai 2020 | mise à jour le: 20 mai 2020 à 16:18 temps de lecture: 4 minutes

Profilage: plainte au SPVM après une intervention «excessive»

Profilage: plainte au SPVM après une intervention «excessive»
Photo: Archives Métro

Des organismes pressent le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de cesser de faire du profilage, alors que celui-ci fait l’objet d’une plainte pour une intervention jugée «excessive» auprès d’une femme autochtone au début du mois.

Le 3 mai, le SPVM a dépêché 17 policiers dans plusieurs véhicules, appuyés par l’escouade canine, pour intervenir dans le square Cabot. Quelques minutes auparavant, un intervenant du Foyer pour femmes autochtones de Montréal (FFAM) avait appelé une ambulance pour venir en aide à une femme autochtone en détresse psychologique. Cette dernière menaçait alors de se suicider et de se couper avec des bouteilles de bière brisées.

Cette situation aurait contribué à bouleverser la dame et à augmenter la tension avec les policiers, qui se sont rassemblées l’un près de l’autre pour lui faire face.

«Elle ne menaçait personne. La présence de nombreux policiers arrivant sur place a contribué à escalader la situation et à créer un scénario potentiellement dangereux», déplore la directrice générale du FFAM, Nakuset, dans une plainte acheminée dans les jours suivants au SPVM, dont Métro a obtenu copie.

Une policière lui aurait ensuite téléphoné en lui promettant de faire un suivi sur sa plainte dans les jours suivants. «On ne m’a jamais rappelé», soupire Nakuset au bout du fil. 

«À la fin de la journée, nous voulons que cette femme ait une forme de justice.» -Nakuset, directrice générale du FFAM

Mettre fin au profilage

L’organisme Femmes autochtones du Québec a alors repris la plainte pour l’acheminer la semaine dernière à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. On ignore actuellement quand celle-ci sera entendue.

«Quand une police autochtone fait appel à une ambulance et que 17 policiers et une escouade canine se rendent sur place, ça me renverse. Qui a pris cette décision? Pourquoi ça a été décidé ainsi?», questionne le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard. Ce dernier espère que cette intervention «excessive» saura inciter les différents paliers de gouvernement à agir pour contrer le profilage dont sont victimes les Autochtones de la part des forces de l’ordre un peu partout au pays. 

«C’est le reflet d’autres situations, non seulement au Québec, mais ailleurs au pays. Il semble y avoir une indifférence concernant les relations entre les forces policières et les membres de notre communauté», constate-t-il.

Un rapport accablant

Ghislain Picard déplore également que le SPVM continue de faire preuve de profilage, plus de sept mois après la publication d’un rapport accablant sur ses pratiques en matière d’interventions policières. Selon cette analyse universitaire, une personne noire ou autochtone aurait environ quatre fois plus de chances d’être interpellée qu’une personne blanche. Les femmes autochtones, pour leur part, ont 11 fois plus de chances d’avoir à s’identifier auprès d’un policier que les femmes blanches. 

«Il y a déjà eu plusieurs rapports, commissions et j’en passe, qui ont montré qu’il faut faire des gestes pour enrayer le profilage racial», souligne M. Picard.

Le 18 novembre, les élus du conseil municipal ont adopté à l’unanimité une motion du conseiller indépendant Marvin Rotrand. La Ville s’est ainsi engagée à demander au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) de cesser «immédiatement» les interpellations policières «sans fondement». Or, au début du mois de décembre, une coalition d’organismes déplorait qu’il y ait toujours autant d’interpellations policières visant les minorités visibles

Contacté par Métro, le SPVM s’est fait avare de commentaires, mercredi.

«Étant donné le processus d’enquête en cours, le SPVM ne peut pas émettre de commentaires au sujet de cet événement», a indiqué le corps de police par courriel.

Le cabinet de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, assure pour sa part que l’ensemble des Montréalais, «peu importe leur statut et leur origine, sont en droit de s’attendre à un traitement juste et équitable». La Ville ne fera «aucun compromis à cet égard», assure l’attachée de presse de Mme Plante, Geneviève Jutras.

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