Montréal
18:48 15 juin 2020 | mise à jour le: 15 juin 2020 à 18:48 temps de lecture: 4 minutes

Protection des milieux naturels: des budgets insuffisants à la Ville de Montréal

Protection des milieux naturels: des budgets insuffisants à la Ville de Montréal
Photo: Josie Desmarais/MétroÀ Montréal, le Grand parc de l'Ouest englobera entre autres le Parc-nature du Cap-Saint-Jacques.

La Ville de Montréal ne prévoit en ce moment pas les sommes suffisantes pour acquérir les terrains nécessaires à l’atteinte des cibles de protection des milieux naturels de la métropole. De plus, elle n’a aussi prévu aucun budget annuel pour les entretenir.

C’est ce que constate la Vérificatrice générale (VG) de la Ville, Michèle Galipeau, dans son volumineux rapport annuel 2019, mis en ligne lundi. Le document, de plus de 600 pages, fait état de plusieurs lacunes de la part de l’administration municipale en matière de protection de l’environnement. 

En 2015, la Ville a adopté le Schéma d’aménagement et de développement de Montréal. Celui-ci se donne la cible de protéger 10% du territoire de l’île à titre de milieux naturels. En date d’octobre 2019, le pourcentage atteint s’élevait à 6,1%. La superficie de milieux naturels protégés dans la métropole est ainsi passée de 1569 hectares (3,1%) à 3070 hectares (6,1%) au cours des 15 dernières années. 

La Ville a ainsi encore beaucoup de chemin à faire pour atteindre ses cibles.

«À partir de 2019, pour atteindre la cible de 10 % de protection des milieux naturels, il est nécessaire de protéger encore une superficie totale additionnelle de 1 939 ha, soit plus que le chemin parcouru depuis 2004», souligne Mme Galipeau.

Enjeux financiers

Environ le quart des terrains que la Ville doit encore acquérir, soit quelque 500 hectares, «repose sur des acquisitions de sites», constate la VG. Or, celles-ci nécessitent des dépenses massives pour l’administration, dont les finances écopent depuis quelques mois en raison de la crise du coronavirus.

Pour établir la facture approximative de ces acquisitions, la VG a analysé le coût de celles réalisées par la Ville l’an dernier dans le cadre de son projet de Grand parc de l’Ouest. En octobre, Montréal a notamment déboursé 5,1 M$ pour acquérir un terrain d’une superficie de 9,8 hectares dans Sainte-Anne-de-Bellevue. Puis, en décembre, elle a acquis au coût de 73 M$, avant taxes, un terrain de 140 hectares dans Pierrefonds-Roxboro.

Dans ces deux cas, la Ville a déboursé en moyenne 520 000$ l’hectare. «En supposant que ces coûts unitaires soient représentatifs de ce que la Ville peut s’attendre à payer en moyenne pour acquérir des sites dans le futur, il lui faudrait un budget total de 260 M$ pour acquérir les 500 ha prévus d’ici 2030», peut-on lire.

En analysant les investissements prévus par la Ville dans les prochaines années, la VG constate ainsi qu’elle devrait emprunter 50 M$ supplémentaires pour compléter les acquisitions prévues d’ici 2022. 

«Il est un défi pour une ville comme Montréal de trouver l’équilibre entre le développement économique de son territoire et la protection des milieux naturels.» -Extrait du rapport de la Vérificatrice générale de Montréal, Michèle Galipeau

La Ville confiante

À terme, la Ville entend réaliser le plus grand parc municipal du Canada dans l’ouest de l’île. Cet espace vert, qui aura une superficie d’environ 3200 hectares, comprend plusieurs parcs existants et certains terrains déjà acquis par la Ville ou dont l’acquisition devra avoir lieu dans les prochaines années.

«Grâce aux objectifs ambitieux de notre administration, les espaces verts sont plus conservés que jamais. Nous sommes par ailleurs convaincus de notre capacité à atteindre ces objectifs», a réagi à Métro l’attachée de presse du cabinet de la mairesse Valérie Plante, Catherine Cadotte.

Entretien coûteux

Le rapport de Mme Galipeau fait aussi état de l’absence d’un budget annuel défini pour assurer l’entretien des milliers d’hectares de terres protégées à Montréal. Une situation qui survient alors que les dépenses de la Ville en la matière ont quintuplé entre 2015 et 2019, selon la VG.

«Pour être en mesure de mettre en œuvre un plan de gestion écologique, pour réaliser périodiquement les audits écologiques et faire les travaux d’entretien écologiques dans les milieux naturels protégés, il faut avoir un budget récurrent», soulève Mme Galipeau.

Le montant annuel nécessaire pour «assurer le maintien de la valeur écologique des milieux naturels protégés» de la métropole continuera d’ailleurs de grimper dans les prochaines années, à mesure que la superficie du territoire protégé augmentera. Ainsi, une fois que la Ville aura atteint sa cible de 10%, elle devra débourser environ 2,7 M$ annuellement à cette fin, indique le rapport. 

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