Montréal
16:50 9 décembre 2020 | mise à jour le: 9 décembre 2020 à 18:52 temps de lecture: 5 minutes

Manifestation pour le «définancement» de la police à Montréal

Manifestation pour le «définancement» de la police à Montréal
Photo: Zacharie Goudreault/Métro

Plus d’une centaine de personnes ont pris part mercredi après-midi à une manifestation au centre-ville de Montréal pour réclamer le «définancement» de la police de Montréal, alors même que les élus municipaux débattent sur le budget de la Ville en prévision de son adoption ce soir.

Le rassemblement a débuté à 15h dans une place publique située au coin du boulevard de Maisonneuve et de la rue Saint-Urbain, près de la Place des Arts. Vers 15h30, des membres de la Coalition pour le définancement de la police, à l’origine de l’événement, ont pris la parole pour dénoncer la brutalité policière et le profilage racial et social, notamment.

Vers 16h, les manifestants ont bloqué la circulation à l’intersection du boulevard de Maisonneuve et de la rue Saint-Urbain. Plusieurs voitures de police et agents à vélo ont alors encerclé la mobilisation, sans toutefois intervenir pour mettre fin à celle-ci. «Tout le monde déteste la police!», ont scandé les manifestants, qui arboraient en vaste majorité un masque.

La manifestation a commencé à s’effriter tranquillement vers 16h40 pour prendre fin un peu plus tard.

Un budget à la hausse

En 2021, le budget du SPVM augmentera de 14,6 M$ pour atteindre 679,1 M$. Or, la coalition d’organismes réclame plutôt une diminution de 50% du financement de la police de Montréal. La Ville pourrait alors réinvestir cet argent dans diverses initiatives communautaires. Plus de fonds pourraient par exemple aller dans la création de logements sociaux, dans des services en santé mentale et dans des initiatives destinées à la communauté autochtone, ont énuméré des manifestants consultés par Métro sur place.

«Quand on parle de définancement, ce n’est pas juste de retirer l’argent de la police, mais aussi de réinvestir cet argent dans des services d’accessibilité et de justice», a expliqué à Métro en Amy Edward, une des organisatrices de l’événement. Celle-ci a notamment déploré le profilage que subissent les Autochtones à Montréal de la part des forces de l’ordre.

«On a tous vu la tragédie de Joyce Echaquan et comment le système de santé n’est pas sécuritaire pour certaines communautés. Donc là, il faut vraiment réinvestir dans les ressources pour nos communautés et avoir une réflexion sur ce que veut dire sécurité publique», a pour sa part évoqué à Métro la militante Marlihan Lopez, qui est également vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec.

«La sécurité publique, ça demande qu’on investisse dans le bien-être et la santé de notre communauté.» -Marlihan Lopez

Séance extraordinaire

Cette mobilisation survient alors qu’une séance extraordinaire du conseil municipal est en cours depuis 14h en format virtuel en vue d’adopter le budget 2021 de la Ville, auquel s’opposent tant Ensemble Montréal que plusieurs villes liées.

Des citoyens avaient d’ailleurs acheminé des questions écrites à l’administration de Valérie Plante sur le financement de la police en prévision de cette séance. La nouvelle responsable de la sécurité publique au comité exécutif, Caroline Bourgeois, a alors souligné que la hausse du budget du SPVM en 2021 s’élève à un peu plus de 2%, ce qui représente l’inflation appliquée aux salaires.

«L’idée n’est pas de diminuer son financement drastiquement», a déclaré l’élue, au sujet du SPVM. L’élue de Projet Montréal se montre toutefois ouverte à impliquer plus d’intervenants sociaux et communautaires dans la police.

Contacté par Métro, le cabinet de le mairesse de Montréal, Valérie Plante, assure qu’une réflexion est en cours «sur le définancement de la police». Ce processus doit toutefois se faire de façon «réfléchi» afin d’assurer notamment que des «alternatives [soient] en place pour assurer la sécurité publique».

«Nous souhaitons le financement adéquat des ressources d’aide en santé mentale, en itinérance, en soutien communautaire et en intervention sociale. C’est ce type de soutien qui peut dégager la police et dans certains cas, offrir du soutien mieux adapté aux besoins», a indiqué à Métro une attachée de presse, Laurence Houde-Roy.

Des élus en faveur

Pendant des consultations pré-budgétaires, en août, 60% des Montréalais qui ont pris part à un sondage de la Ville ont fait part de leur intérêt pour «une réduction des services de police».

«Je me demande s’il n’aurait été plus judicieux de moins investir dans le  budget du SPVM pour mieux doter le budget du service en habitation afin de pouvoir mieux intervenir en habitation et en itinérance», a soulevé en fin d’après-midi la mairesse indépendante de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, Giuliana Fumagalli, pendant la séance extraordinaire, qui se poursuivra à 19h.

À la prochaine séance du conseil municipal, le 14 décembre, le conseiller indépendant de Snowdon, Marvin Rotrand, déposera d’ailleurs une motion qui appelle à des changements structurels au SPVM. L’élu propose qu’une consultation publique ait lieu pour revoir les méthodes d’intervention du corps de police.

«On n’a pas besoin de plus de consultations. On a besoin d’engagements», estime toutefois Mme Edward.

La croissance annuelle du budget du SPVM:

2021: 679,1 M$ (+14,6 M$)

2020: 665,3 M$ (+17,5 M$)

2019: 662,3 M$ (+14,9 M$)

2018: 647,3 M$ (+14,3 M$)

Sources: budgets de la Ville de Montréal pour les années mentionnées. 

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