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Des employés dénoncent des manœuvres antisyndicales au refuge CARE

Refuge CAP-CARE dans Hochelaga-Maisonneuve. Photo: Jason Paré / Métro

Congédiement illégal, menaces et «campagne d’intimidation»: des employés de CARE Montréal, un refuge pour les personnes en situation d’itinérance, dénoncent des manœuvres antisyndicales. Ils estiment que l’organisme tente de les empêcher de se syndiquer.

Les travailleurs de CARE Montréal ont entamé des démarches à l’automne dernier pour se syndiquer. Ils jugent que les conditions de travail sont atroces.

Camille* fait notamment état d’un manque criant d’employés, d’heures supplémentaires et de «congés COVID-19» non payés, ainsi que d’une salle de pause non conforme et insalubre. Elle ajoute qu’elle doit souvent faire des tâches sans équipement de protection adéquat. Par exemple, ramasser des seringues souillées sans gants appropriés.

«Les conditions de travail sont dégueulasses chez CARE Montréal. Ils nous demandent de décrocher des rideaux et de toucher des lits pleins de punaises sans équipement, rien. Si on ramène de la vermine à la maison, ils ne cotisent pas une cenne pour l’extermination», poursuit Camille.

Tout cela entraîne un épuisement généralisé au sein de l’équipe. Il y a quelques semaines, des employés ont même envoyé un «cri du cœur» par courriel à la direction pour dénoncer des «conditions de travail horribles». 

Opposition aux tentatives de syndicalisation

Mais, selon Camille, le directeur général de CARE, Michel Monette, s’oppose farouchement à la création d’un syndicat. 

Elle raconte que M. Monette a déjà menacé les employés à ce sujet. «Il nous a dit que si on faisait rentrer le syndicat, il allait fermer l’organisme et qu’on allait perdre nos emplois. Et ça, il ne s’en cache pas. Il le dit haut et fort à n’importe qui qui veut l’entendre qu’il est contre les syndicats et qu’il va prendre les mesures nécessaires pour ne pas faire entrer le syndicat», soutient-elle. 

C’était une campagne d’intimidation, carrément.

Camille, employée de CARE Montréal

Le vice-président de la CSN, David Bergeron-Cyr, confirme les dires de l’employée. 

«Ils se sont fait appeler à la maison, ils se sont fait suivre au travail… Toutes des pratiques qui sont complètement illégales, mais malheureusement on voit ça très régulièrement quand on veut syndiquer des travailleurs», précise-t-il. 

S’il peut s’opposer à la création d’un syndicat, Michel Monette n’a en aucun cas le droit de tenter d’influencer le choix de ses employés, explique M. Bergeron-Cyr.

Congédiement illégal

Selon nos informations, une employée de CARE a même reçu une lettre de congédiement seulement deux jours après avoir récolté des signatures d’employés dans le cadre d’activités syndicales. On lui reproche notamment de ne pas respecter l’autorité des directeurs.

David Bergeron-Cyr qualifie le congédiement d’illégal. «Les motifs réels sont le fait que cette personne-là a participé à la campagne de syndicalisation. Évidemment, l’employeur prétend que c’est pour d’autres raisons tordues, si je peux m’exprimer ainsi. C’est tout à fait inacceptable», dit-il.

La personne licenciée a déjà entamé des procédures auprès du Tribunal administratif du travail (TAT) pour porter plainte pour congédiement illégal.

La meilleure personne pour convaincre quelqu’un de se syndiquer, c’est un mauvais patron. L’organisme CARE fait tout un travail en ce sens-là.

David Bergeron-Cyr, vice-président de la CSN

La direction nie tout 

De son côté, le directeur général de CARE, Michel Monette, nie tout en bloc. «Il n’y a aucune mesure antisyndicale à CARE en ce moment. Nous travaillons avec les employées pour les accompagner dans leurs démarches à assurer la bonne marche de l’accréditation. Merci SVP de dire la vérité», a-t-il seulement écrit par courriel.

M. Monette a toutefois décliné nos demandes d’entrevue et n’avait toujours pas donné suite à nos appels au moment d’écrire ces lignes. 

Lundi soir, le nouveau syndicat des travailleurs de CARE Montréal a déposé une requête d’accréditation au TAT. Le lendemain, il s’est présenté aux bureaux de l’organisme pour informer la direction. L’employeur a un délai de 30 jours pour contester la requête.

*Nom fictif pour préserver l’anonymat de la personne.

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