À la recherche du maire idéal
À sept mois des élections, le candidat «sauveur» que plusieurs Montréalais attendent ne s’est pas encore manifesté. En voici quelques-uns qui sont inspirants. Si vous cumulez ces profils, n’hésitez pas à vous lancer, Montréal a besoin de vous!
Un maire rock’n’roll comme à Reykjavik
La capitale de l’Islande dispose, avec Jon Gnarr, d’un maire au CV hors du commun… pour un maire! Jugez plutôt. Hyperactivité et dyslexie grave durant l’enfance. Rate l’entrée à l’université. Compense en jouant comme bassiste dans un groupe punk et dans des séries télé. Par défiance envers les politiciens, il crée ensuite le Meilleur Parti et se présente aux élections municipales de 2010. Son programme : des serviettes gratuites dans les piscines, un ours polaire pour le zoo et l’utilisation d’un seul père Noël municipal, histoire de faire des économies. Et ça a marché! Surfant sur la banqueroute du pays, le Best Party remporte 34,7 % des voix et 6 des 15 sièges. Même élu, Jon Gnarr n’a pas perdu son côté exubérant. On l’a vu soutenir les Pussy Riot lors de la dernière parade gaie, juché sur le toit d’une auto, déguisé en femme, avec une cagoule sur la tête. Et même si les médias locaux constatent que la réalité des finances l’a rattrapé et qu’il n’a pu, par exemple, rendre les garderies gratuites, son nom arrivait encore récemment en quatrième position des candidats que les Islandais aimeraient voir diriger le pays.
Un maire écolo et volontariste comme à Tirana
En 2004, Edi Rama reçoit le titre de Meilleur maire du monde. Les organisateurs de ce concours international ont reconnu son travail pour remettre la capitale albanaise sur les rails, après des années de stalinisme et l’anarchie qui a suivi la chute du communisme. Cela, en dépit de plusieurs tentatives d’assassinat. «La corruption dans la fonction publique avait permis l’émergence d’un chaos, de constructions illicites et de rues délabrées», notent les membres du jury. Toutes proportions gardées, ça ne vous rappelle rien? Le jury souligne notamment son programme de destruction des constructions illégales, histoire de faire place nette pour un urbanisme répondant aux besoins des générations présentes et futures. Malgré les zones d’ombres qui subsistent sur sa probité, Edi Rama est reconnu pour son programme Propre et vert, le nombre de femmes dans son équipe et le branding qu’il a donné à la ville en demandant que plusieurs édifices soient repeints en couleurs vives. Artiste peintre un jour, artiste peintre toujours!
Un maire visionnaire et transparent comme à Calgary
Qui eût cru que la métropole albertaine élirait un maire progressiste… et musulman! Ce qui distingue Naheed Nenshi? Il aime les réseaux sociaux, tente de retenir les jeunes familles au centre-ville et n’a pas peur d’affronter le chef d’une police trop gourmande en fonds publics. Par souci de transparence, il publie régulièrement un compte rendu détaillé des dépenses de son cabinet, incluant même le coût des photocopies! Sur le site internet de la Ville, on trouve aussi la liste de toutes les personnes rencontrées dans le mois précédent : pas de cachette à la montréalaise, comme au club 357C. Notons aussi l’initiative Cutting the Red Tape, qui consiste à recevoir toute idée citoyenne permettant de simplifier la bureaucratie. Par exemple, la Ville a mis en place un système où on s’inscrit à l’avance pour une demande de permis, évitant ainsi les files d’attente. Même si un beigne porte son nom, le maire est sur la sellette, note la journaliste du National Post Jen Gerson. Les conservateurs, réticents au fait qu’il insiste pour obtenir plus de pouvoirs pour sa ville, manœuvrent pour le battre aux prochaines élections.
Des suggestions pour la gouvernance
Depuis qu’il a été élu maire par intérim, Michael Applebaum a pris plusieurs mesures pour que la sérénité soit de retour à l’Hôtel de Ville. Ainsi, tous les courants politiques sont de nouveau représentés au sein du comité exécutif (CE), l’équivalent du conseil des ministres au niveau municipal. En outre, la majorité des réunions hebdomadaires du CE est désormais publique. Mais certains ont des suggestions supplémentaires.
- Instaurer une formule de budget participatif, pilotée par l’OCPM. Les citoyens pourraient débattre des grandes orientations. «Environ 240 villes dans le monde, dont Séville, Rome et Manchester, ont instauré cette formule», indique Luc Rabouin, ancien directeur du Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM). Cela concerne généralement de 2 % à 20 % du budget.
- Organiser un grand Sommet cet été pour réconcilier les Montréalais avec leur ville, quelques mois avant l’élection municipale. «Ça permettrait aussi de déterminer les priorités de la Ville, par exemple trouver des solutions financières pour limiter notre dépendance aux taxes foncières et aux subventions gouvernementales», ajoute Dimitri Roussopoulos, un des fondateurs de l’Institut de politiques alternatives de Montréal (IPAM), un groupe de réflexion montréalais.
- Introduire une dose de proportionnelle dès 2017. L’ancien maire Gérald Tremblay en avait fait une de ses promesses électorales. Une étude a été commandée, mais a été mise sur les tablettes depuis.
- Mettre en place un observatoire de la démocratie. «À l’instar d’un vérificateur comptable, il ferait un rapport annuel sur l’état de la démocratie à Montréal et ferait des recommandations», indique M. Rabouin


