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Montréal, chef de file en psychiatrie transculturelle

Montréal est un terrain de jeu extraordinaire pour les médecins qui choisis­sent de pratiquer la psychiatrie transculturelle en raison, entre autres, des multiples communautés culturel­les qui y vivent. Pour en savoir davantage sur cette approche, Métro s’est entretenu avec la professeure du Département de psychiatrie de l’Université McGill et directrice de l’équipe de psychiatrie transculturelle de l’Hô­pital de Montréal pour enfants, Cécile Rousseau.

Comment définissez-vous la psychiatrie transculturelle?

 

Les notions de bien-être ou de souffrances sont très liées à notre façon de représenter le monde. La psychiatrie transculturelle sou­lève que nos sentiments dépendent intimement de notre environnement social et de notre façon de représenter le mon­­de. En santé mentale, on tient de moins en moins comp­te du contexte social de la détresse humaine. Dans le cas des réfugiés,
ils vi­­vent un stress très différent de ce que vit un Québé-cois ou un Canadien et il faut en tenir compte. Si on comprend mieux la détresse de groupes qui sont marginaux, on peut mieux penser leur place dans la société et les liens qu’ils peuvent avoir avec le reste de la société.

Avez-vous un exemple concret?

Parfois, on considère certains enfants ayant des troubles de comportement. Si on tient compte de la culture et qu’on travaille avec des interprètes et les familles, on découvre qu’il y a une problématique autistique.

Dans d’autres cas, les gens ont peur des jeep Toyo­ta ou des hélicoptères qui survolent la ville. Ces choses peuvent leur rappeler des trauma­tismes de guerre et des situations extrêmement menaçantes de leur pays d’origine. Si on ne comprend pas cela comme des stratégies de survie, on va penser que ces gens ont des troubles majeurs, qu’ils sont paranoïaques, qu’ils ont des symptômes psychotiques.

Est-ce une approche récente?

Montréal a une grande tradition en psychiatrie transculturelle, qui date certainement des années 1960 à peu près. En Amérique du Nord, il y a un autre endroit où cet­te approche est assez développée, c’est à mon avis à Boston.

Une rencontre entre deux cultures pose souvent des pro­­­blème et des tensions, mais c’est aussi source d’une ri­ches­­se où on est forcé de pen­­­ser le lien à l’autre et l’adap­­­tation à l’autre. Ce n’est pas par hasard si Montréal est un lieu où il y a le plus de psychiatrie transculturelle.

Est-ce que les services de psychiatrie transculturelle se répandent peu à peu sur l’île de Montréal?

Je pense que oui. Il y a une clinique à l’hôpital Jean-Talon. Le CHUM a comme plan d’ouvrir une clinique transculturelle. C’est intéressant parce qu’il y a beaucoup de liens en psychiatrie transculturelle entre les milieux anglophones et francophones. Et il y a de plus en plus de jeunes psychiatres qui choisiront la psychiatrie transculturelle. À mon avis, Montréal va garder son rôle de leader dans le domaine.

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