Les déchets, c'est rentable
Chaque jour, de 6 h à minuit, de 500 à 700 camions franchissent la station de pesage à l’entrée du site de Lachenaie, qui se trouve à 40 minutes de Montréal. Facture : environ 70 $ par tonne de déchets. «Parfois, on a jusqu’à 20 camions qui font la file pour entrer», raconte André Chulak, coordonnateur chez BFI, l’entreprise qui gère le site.
Même si les Québécois ont amélioré leur taux de recyclage, M. Chulak lui, ne note aucun ralentissement de l’enfouissement depuis 13 ans qu’il travaille ici. «Comme, parallèlement, la consommation a augmenté de 40 %, ces efforts de recyclage se trouvent annulés», fait-il remarquer.
Avant d’entrer, chaque camion passe devant un portique (Exploranium) qui mesure la radioactivité. Au-delà d’un certain seuil, la machine sonne. André Chulak utilise alors un appareil portable capable de caractériser le type de radioactivité et sa dangerosité. Ça lui est déjà arrivé de tomber sur du radium, dans un chargement qui comportait quatre vieux cadrans d’avion.
Un immense site
Le site qu’exploite BFI mesure 3 km2, soit plus que la superficie du village de Charlemagne situé non loin. La perméabilité du sous-sol argileux évite les écoulements, d’après l’entreprise. Une fois les camions déchargés, d’énormes compacteurs aux roues dentelées écrasent et étalent les déchets. En alternant des épaisseurs de 3 m de déchets et de 30 cm de terre, on peut empiler des déchets sur plus de 30 m de hauteur. Un dôme d’argile de 5 à 6 m chapeaute le tout.
«Ensuite, pendant 25 ans, les déchets vont être digérés», explique M. Chulak. Le jus de poubelle (lixiviat) est drainé jusque dans des bassins de décantation où des bactéries se chargent de nettoyer en partie l’eau pendant 3 mois. En outre, 300 capteurs de biogaz récupèrent le méthane qui s’échappe de terre, car ces déchets peuvent être source d’énergie.
À raison de 1,3 million de tonnes de déchets par année, le site pourrait encore recevoir des déchets pendant 17 ans. Mais c’est sans compter la mobilisation des résidants riverains et la volonté des politiciens d’en arriver à d’autres solutions.
Des déchets énergisants
Avec le gaz produit par les déchets, BFI pourrait faire rouler ses camions. Sur le site, on trouve une petite centrale électrique. Le méthane qui sort pendant 25 ans d’une couche de déchets est capté, puis amené à la centrale. Ce gaz fait tourner quatre moteurs à explosion qui produisent de l’électricité. «On en vend actuellement pour 4 MW par an à Hydro-Québec; c’est l’équivalent de la consommation annuelle de 2 000 à 2 500 maisons», selon André Chulak.
BFI pourrait en produire quatre fois plus, mais ne remporte pas les appels d’offres. L’entreprise songe donc à vendre ce gaz naturel aux États-Unis. «On étudie aussi un projet qui consiste à transformer le méthane en méthanol et ensuite en éthanol pour servir de carburant à nos camions de ramassage des ordures», dit-il.