La BD de la rue
Alors que plusieurs intervenants se posent des questions sur la meilleure façon de convaincre les adolescents de ne pas adhérer aux groupes de jeunes criminalisés, Caroline Orchard et Jean Ricardo André sont persuadés que leur bande dessinée parviendra à le faire.
Une certitude qui est confirmée par les témoignages des jeunes des centres jeunesse de Montréal qu’ils rencontrent pour leur présenter leur bande dessinée consacrée aux gangs de rue.
«Notre vie dans la rue explique le succès de nos interventions. Ils nous font confiance parce que nous venons du même endroit qu’eux. Nous parlons leur langage. Nous sommes des survivants des gangs de rue. Nous ne sommes pas là pour les juger ou les convaincre de faire un autre choix. Nous sommes là pour leur parler de ce qu’ils vont vivre s’ils explorent la voie de la criminalité», souligne Caroline Orchard.
Les deux côtés de la médaille
Et la criminalité, la jeune femme en connaît un chapitre, puisque ses parents faisaient partie du monde interlope de la métropole.
«Même si nos bandes dessinées sont tirées de nos expériences, elles sont très proches de ce qu’ils vivent.» D’autant plus que Caroline a connu les deux revers de la médaille, celle de membre d’un gang et celle de victime : elle a vu en 2006 sa mâchoire brisée par un membre des Bo-Gars.
«Mais par chance, j’ai évité le casier judiciaire, ce qui m’a permis de garder plusieurs portes ouvertes, dont celle de l’emploi et des études», ajoute l’ancienne auxiliaire familiale.
Des vies semblables
Les expériences criminelles ont aussi nourri l’adolescence du conjoint de Caroline Orchard. Né à Montréal, le jeune Jean Ricardo s’enfonce rapidement dans la spirale de la criminalité.
À 14 ans, alors qu’il vit aux États-Unis, il devient membre d’un gang de rue du quartier Queens, à New York. Son retour au Canada en 1991 lui permettra de fréquenter une école de graphisme où il développe un style influencé par le graffiti, un des piliers de la culture hip-hop.
«Les jeunes apprécient notre BD parce qu’elle parle de la rue et qu’elle ressemble à la rue. Elle évoque des sentiments qu’ils ont de la difficulté à exprimer dans leur vie quotidienne. Elle parle d’une réalité que les gens ne connaissent pas et qui les mange peu à peu», conclut le dessinateur Jean Ricardo André.
Il espère, tout comme sa complice au travail et dans la vie, que cette bande dessinée fera sa part pour aider les jeunes à connaître un avenir et surtout un présent plus agréables.