Bâtisseuse d'avenir
Dans Saint-Michel, tout le monde connaît et reconnaît l’apport de la Maison d’Haïti dans le quartier. Cet organisme communautaire, dont les services étaient d’abord dédiés à la communauté haïtienne montréalaise, dessert maintenant une vaste population immigrante de toutes origines.
Sa directrice des programmes, Marjorie Villefranche, y Å“uvre depuis plus de 30 ans. Femme de convictions, elle a sans aucun doute contribué à faire de la Maison d’Haïti ce qu’elle est aujourd’hui.
De bénévole à bâtisseuse
«J’ai d’abord fréquenté la Maison d’Haïti comme bénéficiaire dans les années 1970, puis comme bénévole. Avec un groupe de parents, on avait développé un programme culturel pour les enfants. C’est comme ça que j’ai commencé à m’impliquer», raconte celle qui est arrivée au Québec en 1964 avec son frère alors qu’elle était encore enfant.
Vers la fin des années 1970, alors que la dictature règne à Haïti, l’arrivée de plusieurs ressortissants haïtiens permet à de nombreuses familles de se réunifier. Ce qui amène aussi une nouvelle problématique qui freine leur intégration : l’analphabétisme.
«Nous avons donc fait des demandes de financement pour bâtir des programmes d’alphabétisation pour les enfants, les adolescents et les adultes. Après, je suis restée à la Maison d’Haïti pour continuer à développer et à consolider ce que nous avions mis sur pied», se souvient celle qui a été nommée Femme de mérite, section éducation, de la Fondation du Y des femmes en décembre dernier.
Forte de l’expérience acquise grâce à son implication et son travail dans le milieu communautaire, elle retournera dans son pays d’origine pendant six ans dans les années 1990 pour travailler à une campagne d’alphabétisation mise en place par le ministère de l’Éducation haïtien.
Encore une nécessité
Selon Marjorie Ville-franche, le mois de l’histoire des Noirs sera une nécessité tant que l’apport de la communauté noire à l’histoire du Québec et du Canada n’aura pas été reconnu à sa juste valeur.
«Ç’a été effacé de l’histoire officielle, mais ces gens étaient là du temps de la colonie, comme fondateurs, insiste-t-elle. La première vague d’immigrants haïtiens a contribué à façonner le Québec moderne avec les Québécois durant la Révolution tranquille. Et la deuxième vague, dans les années 1980, a participé à l’essor du secteur manufacturier. On a fait du Québec ce qu’il est aujourd’hui avec les Québécois; on est des vieux compagnons!»