Le Projet Texto4Science tentera de mieux comprendre le langage du texto
Les messages textes tels que «Je t’M», «On va au 6-né?» ou «G pa c 1 belle soirée» n’auront bientôt plus de secret pour Patrick Drouin, professeur de linguistique à l’Université de Montréal et responsable du volet nord-américain du projet de recherche international Texto4Science.
Officiellement lancé lundi, le projet vise à recueillir 300 000 textos. Ces SMS seront analysés par M. Drouin et son collègue, Philippe Langlais, et serviront à constituer une base de données internationale. Les chercheurs des quatre coins du globe seront alors à même de comprendre ce qu’est le langage texto – un code parallèle ou du français mal écrit? – et de vérifier si le code utilisé est similaire, peu importe la région d’où vient son émetteur.
«Le langage des textos, on ne le connaît pas bien, a rappelé à Métro Patrick Drouin. Pour étudier la langue, on doit y avoir accès. Le botaniste peut aller chercher des fleurs et les observer mais, dans notre cas, les gens doivent nous envoyer les fleurs. Tant qu’on n’aura pas les données, on ne pourra que spéculer.» En moins de 48 heures, M. Drouin dit avoir reçu quelques centaines de textos. «On s’est fixé un objectif très ambitieux mais, à ma grande surprise, l’engouement est bien présent», a-t-il indiqué.
L’exemple belge
L’Université catholique de Louvain, en Belgique, a lancé, en 2004, le projet SMS4Science, premier volet de l’étude désormais poursuivie par le Canada, la France et la Suisse. SMS4Science a permis à l’équipe belge de recueillir 75 000 textos et d’avancer certaines conclusions. «Les Belges ont fait des découvertes du point de vue du lexique et de sa richesse, ils ont fait certains liens entre l’oral et l’écrit et ils ont remarqué des façons particulières d’écrire des mots ou de raccourcir des phrases sans que la compréhension ne soit altérée, a expliqué Patrick Drouin. On va sans doute constater les mêmes phénomènes ici, mais il y aura aussi certainement des phénomènes différents.»
L’utilisation du langage texto par les adolescents fera partie des éléments qui seront l’objet d’une attention particulière. «On veut savoir qui utilise le langage texto, a précisé M. Drouin. On pense qu’il y aura une prédominance des adolescents, mais il y a sûrement des exceptions.» Les résultats de la recherche menée par Patrick Drouin devraient être connus cet automne. Un pendant anglophone de l’étude devrait suivre, si le chercheur parvient à obtenir le financement nécessaire.
Système de traduction automatique
Philippe Langlais, le collègue de Patrick Drouin, se servira des textos reçus afin de créer un logiciel de traduction automatique qui permettra de passer du langage texto au français normalisé en un tour de main.
Pour participer à l’étude : www.texto4science.ca