Les Mots partagés : Rencontres et échanges autour du livre
Toutes les deux semaines, les bibliothèques de Montréal organisent des rencontres autour du livre. Des immigrants pour la plupart, mais aussi des Québécois, se réunissent pour approfondir leur connaissance du français et partager leur culture. Métro a participé à un des ateliers Les Mots partagés.
«Pourriez-vous utiliser la météorologie pour me décrire votre sentiment à l’égard de la lecture?» questionne Béatrice, l’animatrice des Mots partagés en début de séance. «Pour moi, la lecture, c’est comme l’été, parfois chaud, parfois froid», s’empresse de répondre Véronica, Péruvienne et étudiante en français à l’UQAM. «Ça me permet d’arrêter le temps, quand je lis», renchérit Rolande L., une Québécoise à la retraite.
Chaque semaine, les participants des ateliers doivent lire un livre. Aujourd’hui, l’atelier porte sur une pièce de théâtre intitulée La librairie, de Marie-Josée Bastien, une auteure québécoise.
Tous les élèves l’ont lue, en entier ou en partie selon leur degré de compréhension en français. «C’est le deuxième livre que je lis ici, s’enthousiasme Vadim, originaire de Moldavie. Le premier, c’était le Code de la route !» Éclat de rire général.
«Le livre est un prétexte à la discussion, explique Béatrice. L’important, c’est qu’il y ait des rencontres et un partage entre ces personnes, qui sont souvent seules quand elles arrivent au Québec.» Béatrice connaît le problème de l’immigration. Elle aussi a tout quitté en France pour venir s’installer au Québec, il y a 35 ans. «J’ai lu des livres pour connaître la culture de mon pays d’adoption», explique-t-elle à l’ensemble du groupe. Désormais, elle a à cÅ“ur de faire partager sa passion : la lecture.
La rencontre entre immigrants et Québécois
Il est 14 h. Un réveil sonne dans la salle de l’atelier à l’arrière de la bibliothèque de Frontenac. «Pourquoi ai-je installé ce réveil», questionne l’animatrice. Silence. «C’est parce que le livre parle d’une éternelle course contre la montre, non?» répond timidement Rolande A., elle aussi retraitée et Québécoise. La vieille dame participe aux ateliers depuis presque cinq ans. «Les immigrants sont des personnes très intéressantes; ils nous font partager leurs coutumes», raconte-t-elle avec le sourire.
L’un des objectifs des Mots partagés est en effet de permettre la rencontre de Québécois de souche et d’immigrants, le financement des ateliers étant assuré par le ministère de l’Immigration.Malgré leurs différences culturelles et leur compréhension parfois approximative du français, les participants sont vite très à l’aise ensemble. Vers la fin de la séance, Vadim chante même une chanson ukrainienne. L’atelier se termine dans la bonne humeur. «Je suis sûre qu’ils continuent leurs discussions dehors, dit Béatrice. Estime de soi, respect, ouverture d’esprit sont les maîtres mots de ces rencontres.»