On n'apprendra donc jamais?
J’ai vécu une douzaine d’années sur le Plateau. Assez longtemps pour le voir se métamorphoser complètement. Au début, mon voisinage se composait surtout de familles à revenus moyens. Vers la fin, presque tout ce beau monde avait pris le bord.
Vu l’arrivée de nouveaux résidants plus fortunés, des maisons ont été retapées. D’autres ont été carrément démolies pour faire place à du neuf. Des fois pour le mieux, d’autres fois… L’autre jour, en allant dans mon ancien bout, angle Garnier et Marie-Anne, j’ai constaté que le petit lave-auto du coin était disparu. À la place, il y avait maintenant un gros bloc en briques grises. Pas une grosse perte en soi, le car-wash jurait un peu dans le paysage. Et avec de nouveaux condos, la Ville va pouvoir toucher un gros motton de taxes en plus, ce qui n’est pas à dédaigner dans un contexte où ça pète de partout.
Sauf qu’il y a un hic. Un gros hic. J’ai beau ne rien avoir contre les condos ni contre la brique grise, je ne comprends toujours pas pourquoi on a construit un édifice comme ÇA à cet endroit-là. Une horreur. Pas le bloc comme tel (quoique…). Ce qui fait mal, c’est de constater combien on a complètement ignoré le style de la maison d’à côté. Moi, être à la place du proprio de cette vieille maison-là, je péterais une méchante coche.
OK, je ne possède pas la science d’un architecte et je ne serai sûrement jamais appelé à siéger au comité qui a évalué (!) et accepté un tel projet. Mais a-t-on vraiment besoin d’être un expert pour savoir que ce genre de mitoyenneté a toujours été, est et demeurera absolument inacceptable? Sans être obligé de donner dans le «simili-faux-vieux», je ne peux pas croire qu’il n’existait pas des options qui auraient permis de respecter l’intégrité architecturale du coin. On aurait voulu faire pire…
Ce qui déprime, c’est qu’on a souvent dénoncé des erreurs du genre dans le passé. On n’apprendra donc jamais? Rappelez-vous les aberrations commises au nom de la modernité au temps des années Drapeau. Ces bâtiments sont faciles à repérer aujourd’hui : quand vous passez devant, le cour vous lève. Dorénavant, ça risque de vous arriver quand vous passerez sur Marie-Anne au coin de Garnier…
– Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.